Par crainte, semble-t-il, que le Théâtre du Soleil ne se substitue au TNP de Chaillot, il fut rarement invité . Mais lorsqu’il arriva avec LES SHAKESPEARE, la Cour — filons la métaphore ! — s’illumina. Et la célèbre phrase « le Soleil éclaire même la nuit » s’annonçait déjà. Grâce aux SHAKESPEARE, Ariane Mnouchkine rétablissait le lien avec le théâtre qui marqua ses débuts : le théâtre asiatique. Et en même temps, après l’aventure de l’écriture collective, elle plongeait dans la matrice shakespearienne. Elle faisait ainsi cohabiter deux traditions, orientale et occidentale. Si les mots nous étaient familiers, les silhouettes venaient de loin. Distance nécessaire pour regagner l’étonnement indispensable à son théâtre.
Sur la pierre du Mur se déployaient les soies des rideaux géants qui rendaient festif le lieu tout en rythmant les récits shakespeariens. Le dialogue entre la dureté séculaire des blocs et la douceur passagère des teintures exaltait l’espace sur lequel se précipitaient ces « frelons » qui constituaient l’assemblée du roi. Splendides et nocifs, ils voltigeaient sur l’immense plateau. Beauté envenimée.
Le Théâtre du Soleil, essentiellement, est habité par le désir de plein air. À Avignon il a pu satisfaire cette attente implicite au point que la Cour sembla être la version idéale de la Cartoucherie dressée sous la voûte provençale. Et plus que jamais, là, dans cette caisse de résonance, Mnouchkine affirma sa confiance : le théâtre peut encore être à la hauteur du palais. Elle l’a prouvé, mais depuis lors elle n’y est pas revenue. Le Soleil manque à la Cour.
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