C’EST donc d’Avignon, l’hiver, que tout a germé : de rien, de la pierre, du silence, d’un arbre, et voilà le théâtre adulte fondé. Ce qu’Avignon a donné à Vilar, ce n’est pas un lieu privilégié, un site prestigieux, suant de spiritualité. Heureusement non : c’est un lieu simple, froid, naturel, disponible au point que l’homme pouvait enfin y installer le travail de l’homme, et le surgissement du spectacle hors d’une matière sans voix et sans complicité. Ce lieu exigeait que l’on traitât l’homme, non comme un enfant attardé à qui l’on mâche sa nourriture, mais comme un adulte à qui l’on donne le spectacle à faire. ( … )Avignon est un lieu sans mensonge où tout est remis entre les mains de l’homme. Il n’est que de passer la tête, un jour d’hiver, par la grosse porte de bois qui ferme la Cour du Festival, pour saisir qu’au théâtre aussi les hommes sont seuls et qu’ils peuvent tout … »
Extrait du texte paru le 15 avril 1954 dans France Observateur ( in ÉCRITS SUR LE THÉÂTRE, Paris, éd. du Seuil, 2002, réunis et présentés par Jean-Loup Rivière).

