Le Festival, mythologie du théâtre
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Le Festival, mythologie du théâtre

Le 30 Juil 2003
Article publié pour le numéro
Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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AVIGNON est un chapitre man­quant des Mytholo­gies de Barthes. À tra­vers le temps, il est par­venu à répon­dre point par point à l’acception que Barthes accorde au terme. Nous pour­rions, point par point, recon­naître en lui la ver­sion « cul­turelle » de cette mytholo­gie chevaleresque et nationale qu’est le Tour de France. Il a ses pro­tag­o­nistes, le choeur des spec­ta­teurs gui, chaque année, revi­en­nent, il est le ther­momètre du théâtre français dans ses cer­ti­tudes autant que dans ses égare­ments.
Le fes­ti­val d’Avignon — une « mytholo­gie » du théâtre, non seule­ment local, nation­al, mais européen, inter­na­tion­al.
Avi­gnon, on peut le dire, est aus­si un lieu de mémoire. Ici l’émotion du présent s’accompagne du sou­venir des morts, des dis­parus, Gérard Philipe, Antoine Vitez … Avi­gnon ne con­serve pas, il cristallise le passé du théâtre dans ses rap­ports à la nation, mais cela ne l’empêche pas de sauve­g­arder toutes les éner­gies du vivant. Ici la mémoire se nour­rit de l’actualité immé­di­ate, du présent tou­jours déroutant. Avi­gnon con­tin­ue à se méta­mor­phoser sans pour autant aban­don­ner les bases jetées par ce « héros cul­turel » du théâtre français gui restera à jamais Jean Vilar.
Presqu’un quart de siè­cle, Bernard Faivre d’Arcier et Alain Crombecque, à par­tir d’identités dif­férentes et forte­ment com­plé­men­taires, ont pen­sé, trans­for­mé, élar­gi le Fes­ti­val : il n’est plus le même, et en même temps il répond au mod­èle ini­tiale­ment conçu. Les orig­ines récon­for­tent son iden­tité, tan­dis que les vari­a­tions lui appor­tent l’air néces­saire. Avi­gnon respire encore. C’est pourquoi il incite les gens de théâtre, toutes généra­tions con­fon­dues, à con­sen­tir à l’éternel retour. Le retour des Dionysies gui, chaque année, mar­que la fin d’une sai­son et annonce la résur­rec­tion de l’autre. Avi­gnon est le point d’orgue de ce car­rousel cyclique.
Nom­breux sont les livres gui ont dressé le por­trait de Vilar ou dégagé les mul­ti­ples vis­ages du Fes­ti­val. La splen­deur des lieux sur cette « illo­topie », la fièvre des ago­ras d’été, les nuits gui se ter­mi­nent à l’aube avec le SOULIER DE SATIN ou LE MAHABHARATA la, douceur des débats à l’ombre d’un arbre et la séduc­tion d’une lec­ture dans le calme d’un cloître, le grand et le petit, l’extrême con­tem­po­rain et l’extrême ancien gui com­mu­niquent et per­me­t­tent des sauts gui se jouent du temps autant que des dimen­sions. Avi­gnon c’est un mode de vivre pour expéri­menter le bon­heur du théâtre un mois durant. Nous auri­ons pu revenir sur ces expéri­ences où vie et théâtre se con­fondent à l’orée des vacances d’été, mais, ce n’est pas notre pro­pos ici, à l’heure où, ensem­ble, Alain Crombecque et Bernard Faivre d’Arcier se retour­nent sur leurs par­cours en évo­quant les réus­sites et les décep­tions inhérentes de leurs man­dats. « Il y aura tou­jours quelque chose gui mangue » — adage noble de la mélan­col­ie insat­is­faite. Méfions-nous des opti­mistes de l’accomplissement ! Le fes­ti­val qu’ils lèguent, à l’heure d’un change­ment de généra­tion, n’est plus le même et pour­tant nulle trahi­son ne peut leur être reprochée, nulle dérive imputée. Ils ont oeu­vré dans l’esprit du courant des orig­ines. Héri­tiers qui ont enrichi la source !
Ce numéro réu­nit, de manière sub­jec­tive — peut-on nous le reprocher ? — les traces des événe­ments, des fidél­ités et des décou­verts gui ont mar­qué le pas­sage de ces deux com­pars­es à la tête du Fes­ti­val. Des images com­men­tées par les témoins de l’aventure afin que par ces deux traces en dia­logue nous puis­sions offrir l’esquisse d’un musée imag­i­naire. Le musée de cette mytholo­gie française qu’est le fes­ti­val d’Avignon.
Bonne chance à Vin­cent Bau­driller et Hort­ense Archam­bault !

Georges Banu et Bernard Debroux.

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Bernard Debroux
Co-écrit par Bernard Debroux
Fon­da­teur et mem­bre du comité de rédac­tion d’Al­ter­na­tives théâ­trales (directeur de pub­li­ca­tion de 1979 à 2015).Plus d'info
Portrait de George Banu
et Georges Banu
Écrivain, essay­iste et uni­ver­si­taire, Georges Banu a pub­lié de nom­breux ouvrages sur le théâtre, dont récemment La porte...Plus d'info
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Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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mai 2025

Festival d’Avignon 1980 — 2003

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