État des lieux

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Le 1 Juil 2003
DAPHNIS ET CHLOÉ, chorégraphie Jean-Claude Galocca, 1982, photo Marc Enguerand.
DAPHNIS ET CHLOÉ, chorégraphie Jean-Claude Galocca, 1982, photo Marc Enguerand.

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DAPHNIS ET CHLOÉ, chorégraphie Jean-Claude Galocca, 1982, photo Marc Enguerand.
DAPHNIS ET CHLOÉ, chorégraphie Jean-Claude Galocca, 1982, photo Marc Enguerand.
Article publié pour le numéro
Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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Trisha Brown au cloître du cimetière, 1982, photo Marc Enguerand
Trisha Brown au cloître du cimetière, 1982, pho­to Marc Enguerand

LA DANSE à Avi­gnon … Cer­tains, bien sûr, diront que ce n’est que la cinquième roue du car­rosse, une sorte de sac­ri­fice oblig­a­toire à l’air du temps. Et pour­tant. Déjà dans les pre­mières années, Vilar invi­tait Béjart à se pro­duire sous le ciel de Provence. Depuis, la danse n’a plus cessé d’être présente dans la Cité des Papes, reflé­tant à par­tir des années 80 l’explosion des gen­res que con­nais­saienr la France et le reste du monde.
Alors : événe­ments, fidél­ités, décou­vertes … Retrou­ver des bribes du passé, sans vrai­ment chercher, sans fouiller les archives. Juste en les lais­sant resur­gir de la mémoire.
Au plus loin­tain tout d’abord : 1980 ou 1981. Dans la Cour d’honneur, Jiri Kylian, la danse néo­clas­sique encore tri­om­phante. Au théâtre munic­i­pal, Pina Bausch avec KONTAKTHOF. Et dans un cloître, quelque part dans la ville, Jean-Claude Gal­lot­ta, la nou­velle généra­tion. Tout le bas­cule­ment des années 80 est déjà là, dans cette pro­gram­ma­tion dont, a pos­te­ri­ori, on se dit qu’elle avait su vrai­ment capter l’air du temps.

HALLALI ROMÉE, chorégraphie Angelin Preljocaj, 1987, photo Georges Méran/ festival d'Avignon.
HALLALI ROMÉE, choré­gra­phie Angelin Preljo­caj, 1987, pho­to Georges Méran/ fes­ti­val d’Av­i­gnon.

L’année suiv­ante, ce sera Trisha Brown, encore Gal­lot­ta qui devien­dra un habitué et puis Maguy Marin, Suzanne Linke, Bou­vi­er-Oba­dia. Pour un fes­ti­val de théâtre, voilà une ouver­ture plutôt pré­coce à une danse con­tem­po­raine qui était encore loin de faire l’unanimité. Dès 1983, tous ceux qui comptent en matière de danse con­tem­po­raine y sont invités : Gal­lot­ta bien sûr, Régine Chopinot, François Ver­ret, Andy de Groat, Maguy Marin mais aus­si Lucin­da Childs et Karole Armitage avec le Groupe de recherch­es choré­graphiques de l’Opéra de Paris. Et Anne Tere­sa de Keers­maek­er présen­tant FASE et ROSAS DANST ROSAS. On con­naît plus d’un fes­ti­val de danse qui aurait rêvé d’une telle affiche.
Tous les autres suiv­ront au fil des ans : Odile Duboc, Lar­rieu, Sapor­ta, Bagou­et, Decou­flé, Mathilde Mon­nier, Jean-François Duroure, Cather­ine Diver­rès, Bernar­do Mon­tet, Mossoux-Bon­té, Mark Tomp­kins, Wim Van­dekey­bus

Merce Cunningham dans FIVE STONE WIND, 1988, photo Brigitte Enguerand.
Mer­ce Cun­ning­ham dans FIVE STONE WIND, 1988, pho­to Brigitte Enguerand.

Les grands anciens sont là aus­si, dans la Cour d’honneur : Mer­ce Cun­ning­ham, la com­pag­nie Martha Gra­ham … Moments mag­iques sous les étoiles … et décou­vertes pour une immense par­tie du pub­lic auquel Avi­gnon aura sou­vent per­mis de faire ses pre­miers pas du côté de la danse con­tem­po­raine. Car Avi­gnon fut aus­si le lieu où le « grand pub­lic » fut con­fron­té à ceux et celles qui étaient les dieux des ama­teurs de danse pure et dure. Ain­si, en 1991, ils furent nom­breux à décou­vrir William Forsythe avec son magis­tral IN THE MIDDLE, SOMEWHAR ELEVATED dans la Cour d’honneur.

CONCERTARIAS, chorégraphie Anne Teresa de Keersmaeker, 1992, photo Brigitte Enguerand
CONCERTARIAS, choré­gra­phie Anne Tere­sa de Keers­maek­er, 1992, pho­to Brigitte Enguerand

En vrac, des images remon­tent à la sur­face. Josef Nadj et ses drôles de pom­piers poètes dans LES ÉCHELLES D’ORPHÉE au théâtre munic­i­pal. Michèle Anne De Mey avec son mou­ton au gym­nase Aubanel, les danseurs de Preljo­caj ova­tion­nés par le pub­lic au beau milieu du spec­ta­cle après une séquence foudroy­ante avec des chais­es. Évidem­ment Pina Bausch dans la Cour d’honneur et la cer­ti­tude en l’y voy­ant que ce lieu con­vient encore mieux à la danse qu’au théâtre. Son NELKEN reste un moment de beauté absolue et son SACRE DU PRINTEMPS devant la muraille y pre­nait une dimen­sion fab­uleuse, d’une sauvagerie et d’une beauté inouïe. On n’est pas près d’oublier non plus la sil­hou­ette de la choré­graphe occu­pant à elle seule tout l’espace dans CAFÉ MÜLLER. Mais Pina Bausch à Avi­gnon, c’est aus­si une présence, une écoute, une envie de décou­verte. On se sou­vient d’elle, dans une petite cour très peu ombragée, au pre­mier rang, sous un soleil de plomb, lit­térale­ment sus­pendue au fil du chant d’un vieil égyp­tien aveu­gle.
Car la danse à Avi­gnon a sou­vent été intime­ment mélée à la musique et au chant. Comme si les voix fai­saient par­tie du paysage. Voix de Jacques Brel sur les chan­sons duquel Bill T. Jones livra d’ensorcelantes vari­a­tions dan­sées. Un Bill T. Jones inter­rompant le spec­ta­cle pour inter­peller un spec­ta­teur qui l’invectivait … et met­tre défini­tive­ment le pub­lic dans sa poche. Bill T. Jones à pro­pos duquel un cri­tique parisien sen­ten­cieux, assis à nos côtés, lâcha au bout de quelques min­utes : « C’est n’importe quoi, com­ment un Améri­cain ose-t-il touch­er au plus grand chanteur français ». Juste­ment cher mon­sieur, en ne s’embarrassant pas des super­lat­ifs plus ou moins sincères de ceux qui titubent entre Légion d’honneur et Académie. En prenant le chanteur, belge, à bras-le-corps, avec toute la fougue que Brel lui-même met­tait dans ses chan­sons. Et cette soirée Brel restera pour nous un moment fort et boulever­sant.
En y repen­sant, ceci dit, il est vrai que la danse aura sou­vent sus­cité des réac­tions pas­sion­nées dans la Cour d’honneur. Aujourd’hui encore, cer­tains danseurs d’Anne Tere­sa de Keers­maek­er se sou­vi­en­nent des cris et huées d’une par­tie du pub­lic durant MOZART CONCERTA RIAS qui avait pour­tant fait un tri­om­phe partout ailleurs. Mal­gré une choré­gra­phie mag­nifique, mal­gré la direc­tion musi­cale de Philippe Her­reweghe, mal­gré des chanteuses pleine­ment inté­grées au spec­ta­cle … Mys­tère.

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Écrit par Jean-Marie Wynants
Jean-Marie Wynants est jour­nal­iste et cri­tique au quo­ti­di­en Le Soir. Ancien chef du ser­vice cul­turel de ce même...Plus d'info
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Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
#78 – 79
mai 2025

Festival d’Avignon 1980 — 2003

1 Juil 2003 — Année de l'Inde, 1985 Japon, 1994 Chine, 1998

Année de l’Inde, 1985 Japon, 1994 Chine, 1998

Par Eloise Tabouret
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1 Juil 2003 — FAIRE SE RENCONTRER un danseur et un chorégraphe! Quoi de plus banal a priori. Et pourtant, avec ce simple postulat…

FAIRE SE RENCONTRER un danseur et un choré­graphe ! Quoi de plus banal a pri­ori. Et pour­tant, avec ce sim­ple pos­tu­lat de départ, le fes­ti­val d’Avignon s’est trou­vé un ren­dez-vous choré­graphique pas­sion­nant, recon­duit d’année en année…

Par Jean-Marie Wynants
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