FAIRE SE RENCONTRER un danseur et un chorégraphe ! Quoi de plus banal a priori. Et pourtant, avec ce simple postulat de départ, le festival d’Avignon s’est trouvé un rendez-vous chorégraphique passionnant, reconduit d’année en année depuis 1997. l’idée de base est venue de François Raffinot : demander à un danseur de choisir un chorégraphe qui crée pour lui un solo de 30 minutes. Au fil du temps, le principe a un peu bougé, et les organisateurs du « Vif du sujet » sont souvent intervenus pour guider les danseurs, les aider à trouver celui ou celle qui leur conviendrait.
Mais une chose n’a pas changé : ces face-à-face orchestrés spécialement à l’occasion du Festival ont quelque chose de rare, d’unique. L’exemple type en est le formidable duo conçu par Josef Nadj et Dominique Mercy. Voici deux artistes qui n’ont cessé de se croiser au fil des ans. L’un et l’autre furent plusieurs fois présents à Avignon : Nadj avec ses propres chorégraphies, Mercy avec la compagnie de Pirra Bausch dont il est un des piliers. Rien ne leur aurait sans doute permis de travailler un jour ensemble si « le Vif du sujet » n’avait pas existé. Là, sans autre enjeu que de se faire plaisir et de se découvrir mutuellement, ils ont créé une pièce incroyablement forte, outrepassant la règle de base puisque chorégraphe et interprète se retrouvèrent côte à côte sur scène pour un duo qui n’était ni du Nadj, ni du Bausch, mais bien la synthèse de la rencontre entre un danseur d’exception et un chorégraphe ouvert à toutes les expériences. Au rayon des surprises, on vit ainsi Lisette Malidor danser sous la houlette de François Raffinot ; Wilfried Romolli, premier danseur de l’opéra de Paris, se frotter à l’univers contemporain de Bernardo Montet ; ou encore la chorégraphe allemande Sasha Waltz interpréter elle-même le solo qu’elle avait conçu pour Ana Laguna, indisponible.
Mais le Vif du sujet a aussi surpris quelquefois avec des couples moins inattendus. On se souvient ainsi du solo concocté par Jan Fabre pour la danseuse de sa compagnie Erna Omarsdottir. Une pièce courte, sauvage, époustouflante, qui révéla la jeune danseuse islandaise et fit découvrir à beaucoup le talent de l’artiste anversois. Même ici, alors que les deux personnalités concernées travaillaient déjà ensemble, le principe du « Vif du sujet » suscita quelque chose d’unique et de différent. Tout comme le duo Nadj-Mercy, cette pièce continua d’ailleurs à tourner abondamment par la suite.
En suscitant les rencontres, en donnant aux artistes une série de contraintes précises ( deux personnes, un solo, 30 minutes, un lieu unique), le « Vif du sujet » est parvenu à créer au fil des ans une série de moments trop rares où la danse fait exploser les carcans, où les esthétiques ( classique, contemporaine, moderne, hip hop … ) se rencontrent et défient les habitudes. Reste un point d’interrogation. Pourquoi cette formule qui fait courir le public et excite danseurs et chorégraphes n’a‑t-elle jamais trouvé de prolongement par ailleurs ?
On peut parler d’un spectacle, juger de l’aspect « achevé » d’une recherche qui se cristallise là, dans un temps…

