Tadeusz Kantor, O DOUCE NUIT, 1990
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Tadeusz Kantor, O DOUCE NUIT, 1990

Le 11 Juil 2003
Ô DOUCE NUIT, création et mise en scène de Tadeusz Kantor, photo Monique Rubinel / Enguerand.
Ô DOUCE NUIT, création et mise en scène de Tadeusz Kantor, photo Monique Rubinel / Enguerand.
Ô DOUCE NUIT, création et mise en scène de Tadeusz Kantor, photo Monique Rubinel / Enguerand.
Ô DOUCE NUIT, création et mise en scène de Tadeusz Kantor, photo Monique Rubinel / Enguerand.
Article publié pour le numéro
Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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Après avoir présen­té QU’ILS CRÈVENT LES ARTISTES, spec­ta­cle migra­teur, Tadeusz Kan­tor, à l’initiative de l’Académie Expéri­men­tale des Théâtres, fut invité à Avi­gnon pour ani­mer un stage avec de jeunes comé­di­ens. Mais, comme les artistes de la Renais­sance, le maître de Cra­covie ne pou­vait pas, ne voulait pas dis­penser un savoir : un artiste enseigne en créant.
Pour ceci, Kan­tor le dira lui-même, il va offrir aux sta­giaires con­viés à la Chapelle des Péni­tents blancs ce frag­ment de mémoire qu’est « sa mai­son », mai­son qui se con­fond avec les fours cré­ma­toires. Il s’agissait de lare-con­stru­ire et en même temps de l’animer. Kan­tor, comme à son habi­tude, con­vo­qua sol­dats et curés, fiancées et putains, ce monde car­nava­lesque proche de Vil­lon dont il n’a pas cessé d’être l’inépuisable vis­i­teur. Monde de l’Europe et monde per­son­nel se relaient dans une sara­bande où la pro­fa­na­tion n’est jamais absente. Comme ici où le ten­dre et gal­vaudé refrain Ô DOUCE NUIT se voit sans cesse dénié par des cru­ci­fix­ions de foire et décap­i­ta­tions grotesques. La mémoire n’a rien de pais­i­ble et la nuit de Noël évo­quée ren­voie aus­si bien à la nais­sance mys­tique qu’à la cré­ma­tion sys­té­ma­tique. C’est ce que « le som­meil de la rai­son » engen­dre, reprend Kan­tor tel un Goya des temps mod­ernes.
Kan­tor, seul, attend la venue de ces fan­tômes qui pren­nent corps dans la mai­son de sa mémoire. Mémoire où se côtoient le bois des intérieurs de son enfance et les briques des fours funestes. Oui, c’est le lieu de l’apaisement famil­ial et de l’horreur raciale. Kan­tor s’apprête à ressus­citer égale­ment la nuit mag­ique et celle, ter­ri­ble, de l’Holocauste. Et ceci sans rien d’autre que des usten­siles quo­ti­di­ens et des corps dévoués. La scène est une instal­la­tion qui s’anime sous l’impact du vieil artiste qui ne cesse pas de ranimer les passés agités de sa famille et de son con­ti­nent. Il se sent comme leur com­mun légataire. Kan­tor fondera son oeu­vre tar­dive sur cette ter­ri­ble asso­ci­a­tion. À Avi­gnon, pour la dernière fois, il l’assumera. Mais cette fois-ci il se retire de la scène pour se plac­er au plus près, sur le bord, comme s’il pressen­tait que le pas­sage sur l’autre rive n’était pas loin. Pré­mo­ni­tion vite con­fir­mée.

Georges Banu.

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Écrivain, essay­iste et uni­ver­si­taire, Georges Banu a pub­lié de nom­breux ouvrages sur le théâtre, dont récemment La porte...Plus d'info
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Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
#78 – 79
mai 2025

Festival d’Avignon 1980 — 2003

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