Comment j’écris
Parole d’artiste

Comment j’écris

Le 20 Juil 1999
VADERS EN ZONEN & NOORDERLICHT de Paul Pourveur, mise en scène Lucas Vandervosr. Photo Patrick De Spiegelaere
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VADERS EN ZONEN & NOORDERLICHT de Paul Pourveur, mise en scène Lucas Vandervosr. Photo Patrick De Spiegelaere
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Écrire le théâtre aujourd'hui-Couverture du Numéro 61 d'Alternatives ThéâtralesÉcrire le théâtre aujourd'hui-Couverture du Numéro 61 d'Alternatives Théâtrales
61

LA FIN D’UNE HISTOIRE est pro­gram­mée pour le 5 août 1999. Per­son­ne ne le sait. Sauf moi. Au départ, cette nou­velle ne m’ef­fraie pas. C’est telle­ment loin. Un océan de temps — pour l’in­stant. Je peux me per­me­t­tre le luxe de vivre au rythme d’un temps qui sem­ble être en dehors du Temps. Ce temps bat unique­ment la mesure pour les événe­ments de ma vie et en est totale­ment indépen­dant. Il est inof­fen­sif et n’a aucune inci­dence sur ma vie. La mécanique new­toni­enne joue à fond. L’e­space et le temps sont des réal­ités absolues et séparées l’une de l’autre. Soumis à ce temps objec­tif, mon univers ne crée cepen­dant pas d’his­toire. Et pour­tant le 5 août 1999 la fin d’une his­toire est pro­gram­mée. C’est même inscrit sur papi­er. En bas du doc­u­ment, en petites let­tres, je peux lire que si la fin de l’his­toire ne se pro­duit pas le 5 août 1999, je suis obligé de rem­bours­er une par­tie des hon­o­raires.

Je me ras­sure. C’est tou­jours telle­ment loin. Il me reste six mois.

Le temps objec­tif s’estompe néan­moins et je plonge dans la rel­a­tiv­ité où le temps et l’e­space ne sont plus des valeurs absolues, où tout est dépen­dant de la posi­tion de l’ob­ser­va­teur, où tout n’a de déf­i­ni­tion que par rap­port à autre chose. Cette atti­tude est sup­posée don­ner à ma vie une cer­taine « tex­ture », un « vécu », qui for­mera — je l’e­spère — un biotope intéres­sant pour l’émer­gence d’une his­toire.

Soumis à cette rel­a­tiv­ité, mon obser­va­tion devient mul­ti­di­men­sion­nelle. Je peux remon­ter en amont de l’His­toire, par­courir les rivages de la vie, récolter des épaves divers­es, remon­ter le moral aux con­nais­sances per­dues, restau­r­er des témoignages incom­plets, pren­dre des échan­til­lons de rêver­ie, me per­dre dans des pen­sées vaines et me retrou­ver dans les sou­venirs d’autrui.

Cette « tex­ture », ce « vécu » qui émerge est cen­sé don­ner nais­sance à une his­toire. Mais les élé­ments récoltés ne sont, en fait, qu’un puz­zle défaut dont beau­coup de pièces man­quent encore. Je ne suis pas naïf au point de croire que je pour­rais recon­stru­ire ce puz­zle — mais je cul­tiverai l’u­topie de pou­voir le com­pléter.

Toute his­toire n’est qu’une chronique utopique de notre époque.

Encore qua­tre mois. Je reste con­fi­ant. Je peux encore me con­va­in­cre que tout va bien.

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Écrit par Paul Pourveur
Paul Pourveur est scé­nar­iste et dra­maturge. Par­fait bilingue, il écrit aus­si bien en néer­landais qu’en français. LES B@LGES,...Plus d'info
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