*Nous n’étudions pas ici le problème de la mobilité des chanteurs, musiciens, etc. dans la CEE. Cette question a été vue dans deux rapports faits à la Commission des Communautés Européennes, respectivement en 1978 et 1981 (C.C.E‑Secteur culturel, 1 rue Archimède, 1040, Bruxelles).
La question que nous traitons ici concerne aussi bien la sensibilisation artistique que la phase explorative du jeune qui se sent attiré par la formation professionnelle en vue du métier d’artiste — interprète. En phase de culturation et de sensibilisation, ou bien en phase de préformation ou d’interrogation professionnelle, la « Formation en éducation artistique » (F.E.A) ne saurait jouer un rôle neutre en notre stade de civilisation. Le contact avec l’éducation en art ou en expression musicale ‑que nous résumons par le simple sigle de « F. E.A », et quelque soit l’avenir éducatif ou professionnel de l’intéressé correspond dans notre esprit à quelque chose de réel et de précis : ce sont les différents points de contact que le jeune élève d’un système éducatif déterminé a pu avoir pendant son curriculum avec l’art musical sous n’importe quelle forme que ce soit. L’essentiel ‑pour valoir le titre de F.E.A- est que de tels événements aient eu lieu dans un cadre scolaire ou pré-profesionnel.
La F.E.A se distingue donc de la formation professionnelle de l’interprète ( « F. P. I. »). Alors que l’objet de la F.E.A est sensibilité et préformation globale, la F.P.I. correspond à un « engagement » professionnel dans une direction déterminée. Que la F.P.I. concerne le chanteur, l’acteur ou le musicien, elle correspond au choix du jeune qui se destine au métier de l’interprétation ‑de la « performance » dans le sens anglo-saxon- en vue de travailler dans le domaine de l’interprétation « vivante » (spectacle « vivant » comme le théâtre, l’opéra, le ballet etc.) ou « enregistrée » (c’està- dire cinéma, télévision, disque, radio, … ou autres media … ).
1. Recherche d’une présentation du problème
Il nous apparaît possible d’éclairer la délicate question de la formation et de l’emploi des chanteurs par la double proposition suivante :
Première proposition : il existe un lien entre le système formatif (formation professionnelle des chanteurs) et le système productif (production des arts du chant). Imparfait, ce lien peut créer un écart quantitatif et/ ou qualitatif qui se traduit alors par du chômage.
Deuxième proposition : inversément, un lien existe entre le système productif et le système formatif. A ce sujet, il faut affirmer que les jeunes comme les parents, les enseignants et les gouvernements ne sont ni désintéressés, ni inconscients du problème des débouchés et de l’avenir professionnel de ceux qui sont formés. Ils y sont attachés au contraire et agissent pour l’amélioration de cette relation.
Une question fondamentale de la F.P.I. (Formation professionnelle des interprètes) des chanteurs réside dans le fait que le premier lien joue généralement de façon imparfaite. L’écart observé est non seulement Régatif (dans le sens du chômage), mais il l’est de façon conjoncturelle (en liaison avec la crise économique) aussi bien que structurelle. Il n’en est que plus difficile à combattre1.
Le second lien joue de façon spécifique dans le secteur du spectacle lyrique pour des raisons liées au manque traditionnel de transparence du marché de l’emploi artistique et à l’illusionisme créé par la publicité ou les media sur une soi-disant « vie d’artiste » facile et dorée. Un problème aussi complexe, qui touche d’un côté aux libertés constitutionnelles du système d’éducation, de l’autre au droit constitutionnel des travailleurs à l’emploi, ne peut être attaqué en toute naïveté simplement de front.
Il faut d’abord agir doublement en rééquilibrant les forces en présence dans les deux relations symétriques ci-dessus explicitées qui mettent en jeu la liaison formation-production et la liaison inversée productionformation. Il ne faut pas agir sur un seul des fléaux de la balance, mais chercher à obtenir des gains d’efficacité par une action sur les flux dans les deux sens et par les effets multiplicateurs qui doivent s’ensuivre.
Il faut d’autre part « biaiser », c’est-à-dire agir indirectement. Il existe des moyens classiques d’action, d’abord en amont de la F. P. I. ( « 1. P.J.A » : « Insertion professionnelle du jeune artiste» ; réorientation ; formation professionnelle ; etc.), ensuite en aval ( régulation des flux d’«entrants » et de « finissants» ; mutations de la pédagogie, des cursus et des curriculum ; sélection ; etc.). Ces moyens qui ont donné les résultats que l’on sait (chômage constant!) ne doivent certes pas être abandonnés mais doivent être au moins complétés par des actions sur les structures incidentes et antécédentes des phénomènes que l’on veut modifier.
Il doit s’agir alors d’une politique globale. Pour bien analyser un phénomène, il ne faut pas le regarder de près, mais au contraire s’en éloigner, s’en « distancer » pour mieux le pénétrer. Dans le cadre d’une large politique d’emploi et de lutte contre le chômage artistique, la F.E.A peut apparaître justement comme la pièce importante d’un échiquier où la stratégie consisterait à faire se rencontrer de façon optimale les courbes d’offre et de demande futures d’emploi, et où la tactique serait de laisser les différentes « pièces » (directeurs d’établissements scolaires, enseignants, élèves, employeurs et employés, etc.) tout à fait libres dans leur jeu. Comme dans la plupart des systèmes sociaux, l’intervention macropolitique de l’Etat et des collectivités locales resterait nécessaire pour réguler les flux, rendre possibles les fermetures de circuits et équilibrer les forces en présence. La F. E.A. peut devenir, selon nous, une pièce maîtresse dans la liaison triadique F.E.A.-F.P.1. production lyrique. C’est ce que nous voulons faire comme démonstration, et il nous faut expliciter clairement une telle proposition.
2. La problématique de F.E.A. à propos de la situation en France.
Nous devons prendre pour point de départ ce qui a été conçu et prévu en matière de sensibilisation musicale lors lu précédent « régime ». Il n’est pas inutile en effet de décomposer la logique politique antérieure car elle a créé un impact et une influence certaine dans le domaine de la musique.
2.1 Une première tentative : le développement de F. E.A. en France.
Nous écrivions, en juillet 1981, le texte suivant à propos des anciens projets officiels précédant mai 812 :
Dans les établissements contrôlés par le Ministère de l’éducation nationale, il a été convenu d’offrir 3 filières pour l’enseignement musical :
- un enseignement général non spécialisé assurant à tous les enfants un minimum de fqrmation musicale (niveaux de l’enseignement préélémentaire, élémentaire et secondaire).
- un enseignement optionnel « destiné aux enfants qui en manifestent le goût sans envisager pour autant l’éventualité d’une spécialisation ultérieure dans le domaine de la musique ». Cet enseignement peut conduire notamment à la section A6 du baccalauréat ( horaire musical renforcé dans le cadre du « tiers-temps » pédagogique).
- un enseignement spécialisé « destiné aux enfants susceptibles par leurs goûts et leurs dispositions d’envisager pour l’avenir une carrière de musicien professionnel » ( … ). Cette filière débouche en enseignement long sur une section spéciale du second cycle menant au baccalauréat de technicien musique, « F11 ». Des « classes à horaires aménagés » existent à partir de la 10ème jusqu’à la 3ème pendant lesquelles les élèves poursuivent « une scolarité normale » avec les horaires allégés, mais avec des programmes d’enseignement général identiques à ceux des cycles traditionnels( … ). A partir de l’entrée en seconde, la spécialisation l’emporte et les élèves optent alors soit pour le cycle F 11, soit pour le baccalauréat A 6 qui exige une spécialisation moindre soit tout simplement pour une section où la musique est absente (cas d’abandon de la filière).
La formation du sens musical indépendamment de toute finalité professionnelle précise en est au début de son organisation dans un pays qui a longtemps rejeté toute sensibilisation sérieuse, généralisée et continue à la musique dans les différents cycles éducatifs, comme cela se fait depuis longtemps dans de nombreux pays étrangers.
L’action de sensibilisation en cours est parallèle au développement de nombreuses écoles et conservatoires adonnés à un enseignement approfondi et précis de la musique. Un rapprochement entre le Ministère de la culture et celui de l’Education nationale est d’ailleurs en train de s’esquisser en vue d’aboutir à une « politique de masse » dans l’enseignement primaire, « les élèves pouvant se déterminer eux-mêmes en « équipes musicales » dans le secondaire (comme il existe des associations sportives)».
Cela n’empêche pas certains responsables d’être inquiets de l’avenir de cette collaboration et d’affirmer que le « problème de la musique à l’école reste entier ». Rien n’est donc gagné et le nouveau septennat présidentiel se devra d’engager une action décisive afin de mettre à niveau notre système scolaire dans sa partie musicale. »
Tout ceci doit nous faire comprendre que la conscience générale et objective d’une demande de F. E.A. est ancienne et que le précédent « régime », s’il était bien incapable d’en fournir les moyens, voulait pourtant donner l’impression qu’il allait résoudre le problème de relation F.E.A.-F.P.I. (musicale) de façon exhaustive et durable.
2.2. La demande de F.E.A.: un début de reconnaissance pédagogique.
Nous pouvons maintenant comprendre qu’il serait erroné de considérer la question de la « Formation en éducation artistique » (F.E.A.) indépendamment de la demande de la F. P. I. (Formation professionnelle des interprètes). En fait, il n’est pas possible de songer à une réforme de la F.P.I. ou de la production artistique dans une société sans qu’il n’y ait une réforme antérieure ou parallèle de la F.E.A..
Dans les principaux secteurs composants de la force révolutionnaire actuelle, on trouve d’une part la révolution culturelle, d’autre part la révolution pédagogique. La demande de 1 F.E.A. est ainsi au centre de ces champs : il est de partout demandé aux systèmes éducatifs de développer la sensibilité, d’inculquer une initiation à l’art pour former un nouvel homme digne de vivre et de contrôler la nouvelle ère audio-visuelle. En suivant les catégories des psychologues-éducateurs, le « code artistique » est appelé à occuper une place entière dans le développement des « facultés d’établir des relations et d’acquérir les perceptions que nous nommons intelligence » … à côté des codes mathématicoscientifiques et linguisticolittéraires traditionnels dispensateurs de la culture passée.
Il est juste de ‚réclamer une éducation culturelle à l’école, à la fois « générale et sociale », contribuant à former :
« un être sachant s’informer, raisonner et communiquer »,
« un être libre et désaliéné, adulte et responsable, disponible et novateur, capable de s’organiser et d’assumer le changement en inventant des solutions toujours nouvelles aux problèmes toujours nouveaux qui se posent à lui quotidiennement, ayant pour tout dire « du devenir dans l’esprit »,
« un être communautaire et participant, sachant agir au sein du groupe, possédant son autonomie tout en refusant l’isolement,»
« un être équilibré, capable de découvrir un art de vivre, et d’acquérir une dimension générale compensatrice des spécialisations déshumanisantes bien que rendues de plus en plus nécessaires »3.
A ces niveaux de réflexion, la conception éducative est fondamentalement réformiste et implique une introduction en profondeur de la F.E.A. dans le cursus scolaire.
2.3. Positionnement de la formation à l’art et à l’expression musicale dans l’ensemble des enseignements français.4
L’intégration de la musique et du chant dans l’enseignement général est certainement une affaire de longue haleine. La réforme Haby prévoyait de sensibiliser dès le plus jeune âge les élèves, que ce soit à la maternelle ou au niveau du primaire, ou encore au niveau de l’enseignement secondaire. Il existe depuis lors un baccalauréat musique et danse ( bacs A6 et F11 ) et il est maintenant question de créer un baccalauréat « expression dramatique » qui verra, souhaitons-le, le jour rapidement.
Au niveau de l’enseignement supérieur, il existe des U.E.R. (Unités d’enseignement et de recherche correspondant aux anciennes facultés) de musique qui forment des musicologues, de futurs professeurs ou animateurs scolaires. Certains de ces étudiants poursuivent des études jusqu’au niveau doctoral ( doctorat d’université, doctorat d’Etat ou de troisième cycle).

En ce qui concerne la F.P.I. au niveau supérieur, il y a en France plusieurs établissements publics ( cf. tableau). Le milieu enseignant constate une demande fortement croissante de jeunes souhaitant devenir musiciens· et chanteurs. Pour certains, cette demande est tout à fait « déraisonnable » parce que l’on assiste depuis, dans certaines disciplines à un phénomène de demande nettement supérieur à l’offre d’emploi. Il y a notamment trop de candidats à l’entrée au Conservatoire de Paris où les places sont de plus en plus chères … Entretemps, il y a eu le développement des cours et des professeurs privés …
Il y a en effet un secteur de formation privé important dans le domaine de l’art du chant L’absence de distinction nette en France entre un enseignement privé à vocation professionnelle et un enseignement privé amateur ou semi· professionnel fait que l’on trouve un peu partout un mixte de professionnels et d’amateurs. Il n’y a pas de distinction claire entre un enseignement réservé à de futurs chanteurs et la formation d’amateurs. L’enseignement officiel ·dont le niveau qualitatif n’est pas garanti par un corps professoral de qualité internationale- n’est pas le seul facteur d’inflation de chanteurs en France. Il y a aussi les nombreux « cours privés » de Paris — et dans une moindre mesure les cours privés de province- qui risquent d’aggraver et de peser lourd dans l’approfondissement de l’écart, dans l’accentuation de la contradiction entre les désirs légitimes d’une jeunessse avide d’expressivité et la réalité tangible d’une économie lyrique avec ses difficultés techno-esthétiques et sa semi-sclérose par asphyxie financière5. permanente, stages, F. P. I. de chant. etc.
2.4. De la relation entre la F. E.A. et la demande de F.P.I.6
L’insertion de la musique dans la pratique courante de l’enseignement n’a pas seulement comme ultime conséquence le développement d’une culture artistique épanouie et la formation d’un public éclairé. C’est aussi une façon de « prendre goût » à la pratique artistique, et nombre d’enseignements aux niveaux de la F.E.A sont à l’origine de vocations ou sont à la source de la demande de F. P. I. … D’où l’importance de bien considérer que la demande de F. P. I. est une demande dérivée de la demande de F. E.A. Actuellement et dans les années à venir, les deux mouvements sont liés ainsi que l’ont démontré certaines études étrangères importantes.
La demande de la F. P. I. dépendra en effet assez largement de la façon dont la F. E.A sera structurée et de la politique qui sera menée au niveau de l’école primaire et de l’école secondaire. A ces deux niveaux se trouvent deux visions polariques de la F. E.A : ou bien, la sensibilisation artistique devrait être destinée en priorité aux enfants talentueux, ou bien à l’opposé l’éducation artistique devrait exister pour tous les enseignants et tous les enfants. Un autre problème ‑qui a aussi des effets sur la demande de F.P.I.· est la forme selon laquelle doit se faire cette éducation à l’école. De nombreux pédagogues voudraient que l’éducation de base inclue à la fois une formation à l’appréciation des arts et la possibilité pour tous les élèves d’expérimenter concrètement une ou plusieurs formes d’art. Dans ce dernier cas, il est à prévoir un gonflement corrélatif de la demande de F. P. I., accélérée dans le cas d’une démocratisation large de l’accès à la F.E.A, freinée dans le cas d’une F.E.A. tournée en priorité vers les enfants talentueux. Les quatre grandes variables que sont la demande de produits artistiques, la production de ces produits, la demande de F.E.A. et la demande de F.P.I. sont donc liées et toute politique visant la F. P. 1. doit tenir compte de cette multirelationnalité.
Depuis plusieurs années, la demande de F.P.I. s’est considérablement accrue dans la majeure partie des pays développés au point de constituer un phénomène de civilisation. Ce phénomène serait à encourager absolument s’il ne s’était produit et ne se produisait encore dans des conditions ne permettant pas de voir des finalités très précises ni une issue claire à cette explosion de créativité et d’expressivité.
On peut d’abord constater une inégalité des chances d’accès à la F. P. I., ce qui nous fait supputer que la demande effective est inférieure à la demande potentielle qui ne peut ou ne sait toujours s’exprimer. Une enquête menée en France sur l’origine socio-économique des élèves comédiens montre que les milieux des « professions libérales, cadres supérieurs et cadres moyens » sont fortement représentés, que d’autre part les élèves ont un niveau de culture générale élevé. Les obstacles rencontrés au cours de la F. P. I. sont essentiellement les difficultés financières et les préjugés familiaux.
Un second point « critique » de cette explosion de F. P. I. est la contradiction entre la « demande sociale » de F.P.I. — c’est-à-dire la demande qui dépend des attitudes socioculturelles à l’égard de l’éducation- et la « demande économique » de F.P.I. ‑c’est-à- dire la demande qui correspond aux besoins économiques en différents types et niveaux de qualification émanant du système de production. La conséquence de cette contradiction aggrave le phénomène de « stagflation scolaire » ainsi présenté par des spécialistes des sciences de l’éducation : « inflation des effectifs et des coûts, stagnation des débouchés et stabilisation des perspectives d’emploi ». Malgré la crise — conjoncturelle et structurelle de la production des arts du spectacle vivant, malgré les conditions sociales et économiques des travailleurs culturels du spectacle, les mutations de la demande de F.P.1. ne semblent pas correspondre aux mutations actuelles ( et à venir) du système productif. Les motivations et les facteurs de cette demande de F.P.I. souffrent profondément d’une contre-information ‑et d’une idéalisation du travail artistique- qui fait dire à certains que « les vocations névrotiques (dans l’art) sont bien plus nombreuses qu’autrefois » (P.A Touchard).
Nous ne pensons pas, personnellement, que la meilleure façon de « comprendre » le problème du désajustement entre le système productif et le système formatif dans le secteur des arts du spectacle « vivant » soit de le poser en termes absolus. Nous pensons que les contradictions que connaît le système formatif ( F. E.A. et F.P.I.) sont essentiellement le reflet des contradictions à l’intérieur du système de production des arts du spectacle « vivant », contradictions elles-mêmes engendrées par les contradictions du mode de production général dont l’évolution et les mutations consistent justement à dépasser ces contradictions en vue de la mise en place de nouvelles structures. Nous pensons aussi que la situation se débloquera par une politique centrale et périphérique de défense et d’illustration de l’art lyrique français. Force est de constater que tout cela ne peut se réussir dans l’immédiat et qu’il faut d’abord avoir dans l’esprit le problème d’ensemble ‑pour comprendre notamment la place de chacune des parties- pour ensuite pouvoir agir efficacement en vue d’améliorer la situation de l’emploi des chanteurs, leur situation économ ico-sociale (revenus faibles, « spasmodiques » etc.) ainsi que leurs problèmes de créativité.
3. Expériences européennes en matière de F.E.A..
Depuis longtemps, les pays du nord de la CEE ont envisagé et appliqué un système de F.E.A. plus ou moins exemplaire. Nous disons « plus ou moins exemplaire » parce qu’il y a quelques années encore, un représentant danois du Conseil National de la Musique nous affirmait la quasi-ignorance des jeunes danois en matière musicale … Que penser alors de l’ignorance des jeunes sur des matières comme l’art lyrique, l’art chorégraphique ou l’art dramatique au niveau F. E.A., c’est-à-dire au point de vue de la sensibilisation au dehors ou avant la professionnalité ?
3.1 . Un projet-type de F.E.A. au Luxembourg.
Ce projet correspond grossièrement à ce qui se fait dans les « classes à horaires aménagés » des Conservatoires de musique français et belges7. L’idée de base est de ne pas fabriquer des « faiseurs de notes », mais des êtres musicaux complets, cultivés techniciens et artistes à la fois.
Au Luxembourg, la loi récente du 13/4/79 crée dans l’enseignement secondaire « classique » et « moderne » une troisième « section artistique comportant une option soit pour les arts, soit pour la musique ». Il s’agit de la même formule de formation « académique et artistique » qui laisse le choix au candidat après obtention du diplôme de fin d’études secondaires, d’opter pour la poursuite de sa formation, soit dans le continuum universitaire,soit dans le continuum artistique (F.P.I.). La bivalence de la formation doit permettre, dans le dernier cas, de choisir un métier artistique, soit comme professeur, soit comme interprète.
Ce système a donc tendance à s’étendre dans la CEE pour les musiciens dont la caractéristique est de débuter la F. P. I. souvent très tôt en âge. Il ne s’agit pas du même problème dans le cas des chanteurs pour lesquels une maturité est généralement considérée comme nécessaire avant d’aborder la F.P.I. Et pourtant, la sensibilisation à l’art du chant doit commencer tôt et les règles de la F.E.A s’étendre aux différents types de spectacles sans discrimination8.
3.2. Une situation problématique typique : la F. E.A. danse en Belgique.
Notre exemple ne concerne pas l’art du chant ( ou !’«expression lyrique ») mais la danse. Le Ministère de l’éducation nationale belge francophone a institué récemment, dans la section dénommée « humanités musicales », un baccalauréat danse. Les responsables du projet ‑qui fonctionne bien grâce à une application intelligente- ont fait la grave erreur de ne pas se préoccuper de la suite de ce baccalauréat qui ne débouche en fait sur aucune F. P. I. supérieure officielle. Nous retiendrons de cette expérience l’idée fondamentale que la F. E.A. en « expression lyrique » ne peut être instituée et organisée sans songer à son débouché au niveau de l’enseignement supérieur, soit F.P.I., soit post‑F.E.A ..

