Le visage du Mot

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Le 21 Jan 1981

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Un radeis (tadis) est un petit légume-tuber­cule, ron­delet et fier (rouge, ou rouge et blanc!). 
Enrac­iné légère­ment mais enrac­iné quand même. Moins qu’une carotte mais plus qu’une sim­ple mau­vaise herbe.
Le radis sug­gère une con­no­ta­tion de pau­vreté (Ne plus en avoir un … ) C’est une nour­ri­t­ure du peu­ple (un navet en petit), amère comme le tra­vail, mais tonique : à cro­quer avec du gros sel, sur une couche de fro­mage blanc (plat­te keis dirait Radeis, plus sen­si­ble à·la con­sis­tance qu’à la couleur) avec de (petits) oignons, le tout sur tranche de pain bis.
Et donc le Radeis orchestre à par­tir du peu, une petite fête gas­tronomique pop­u­laire que vien­dra couron­ner, — ô ivresse sweet and sour — une gueuze ou une kriek.

Photos John Vink
Pho­tos John Vink

Radeis, quel beau nom pour théâtre, et quelle leçon choses à tous ceux qui pom­peuse­ment troupes, non pas de légu­miers et (comme le corps) d’abstraction, de septs, de jeux de mots

Je laisse donc les bottes de Nev­ers aux héros, et celles de sept lieues aux ogres, pour ne cueil­lir que celles des radis : pour théâtreux qui veu­lent un théâtre de signes pleins.
Radeis : quelque chose de frais, aus­si, venu du marché, du marcher-dans-la-rue, là où l’on ren­con­tre des objets et des gens. A con­som­mer tout de suite.
Le chef‑d’oeuvre, c’est ce qui est irré­sistible dans l’instant. De quoi par­le Radeis ? Radeis ne par­le pas. Après s’être bap­tisé Radeis, il laisse le dis­cours aux cri­tiques, lesquels dégoisent à la radio, lors d’un petit déje­uner sur scène, une avalanche de salades. Mais Radeis, à la lim­ite, n’écoute pas. Il mon­tre. Il est muet comme les choses qui par­lent par leur vol­ume, leur couleur, leur saveur. Radeis a la force d’être là. Ce qui est la force pre­mière du théâtre.

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Par­lez, par­lez, pau­vres êtres du dis­cours, Radeis n’est pas verbe, mais chose, geste, c’est-à-dire acte. Les actes ici sont à pren­dre comme opéra­tionnels.
Ain­si, Radeis n’accède pas, sur scène, à l’intelligence réflex­ive (ouf!) mais se main­tient sur le plan de la stu­peur. Et il y a du mon­stre dans mon­stra­tion. C’est vrai qu’ils sont quelque peu effrayants ~ force d’être lucide­ment stu­pides, présents et mats. 

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La lit­téra­ture épis­to­laire subit le même sort (silence) que la parole : les sacs postaux qui fai­saient le décor du début du voy­age en Angleterre devi­en­nent, sous la bâche jaune qui les cou­vre, des dunes.
Enter­rées les let­tres … la seule qui s’échappera de l’ensevelissement s’envole, portée par un bal­lon. Hasard et lévi­ta­tion, le con­traire d’un mes­sage ori­en­té.

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Les mecs de Radeis
Ils sont qua­tre : un gros, un grand mince assez beau, un petit mai­gre com­plète­ment taré et un autre. Un seul est comé­di­en pro­fes­sion­nel (c’est l’autre). Les autres : ingénieur, céramiste, etc …
La syn­thèse du pro­fes­sion­nal­isme et des ama­teurs, celle dont le théâtre ne devrait jamais se dépar­tir est ici atteinte dans le sens de la rigueur. Ils tra­vail­lent en groupe. Un an pour un spec­ta­cle. Cha­cun amène ses trou­vailles. On glane des objets, on observe. Apparem­ment, au vu du tra­vail fini, il n’y aurait pas un leader qui défini­rait un scé­nario mais plutôt une imbri­ca­tion de sketch­es venus du tem­péra­ment d’un cha­cun. Cela fonc­tionne comme un orchestre dix­ieland. La clar­inette apporte son cit­ron. Le cor­net son piment. La bat­terie ses peanuts. Le ban­jo ses ron­delles d’oignon. Je suis sûr qu’ils aiment le Dix­ieland et les fan­fares de vil­lage. Leur pre­mière pièce était un hom­mage au vil­lage des Flan­dres, aux petits murs, aux portes col­orées, aux jardins, aux ruelles.
Pas envie de le leur deman­der. Pas envie d’in­ter­view­er…
Ni envie de con­naître leurs noms. Rien envie de savoir.
Radeis x 4 = Radeissss. Fin des sig­na­tures et indi­vid­u­al­ités néces­saires ;
les atom­es du Radeis agglomèrent un grou­pus­cule d’un anony­mat prim­i­tif.

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Pourquoi Radeis n’est pas sub­ven­tion­né ?

Non (bien que les Min­istères de la Cul­ture encour­a­gent un peu tout le monde), Radeis n’a pas reçu un franc de sub­sides depuis le début de son activ­ité. Est-ce que

Alter­na­tives théâ­trales aurait l’am­a­bil­ité de bien vouloir envoy­er ce numéro à qui de droit de l’autre côté de la fron­tière… j’aimerais savoir).

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