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Le 25 Avr 2011
Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
108
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Tra­vailler avec Philippe.
Essai, glisse­ment et ten­ta­tive.

« L’important avec Philippe, tu vois c’est le texte, la langue, la lit­téra­ture ». Tu par­les Hec­tor, je me suis peint en bleu, je me suis ver­sé des litres d’eau sur la tête, j’ai été cou­vert de sang, j’ai pris des cours de tan­go, j’ai porté des bas, une per­ruque, je me suis retrou­vé nu, j’ai fait de la boxe.
Il me pro­pose de jouer le héros du théâtre français du XVI­Ie, Le Cid, à moi un chauve. L’épée à la main me voilà par­ti sur scène, vers après vers, prêt à mourir et à mas­sacr­er le monde entier pour obtenir celle que j’aime. Lui il ne cesse de retenir les élans héroïques de Rodrigue afin que l’on entende ce qu’il avait à dire mais aus­si pour l’empêcher de par­tir en guerre, pour le garder près de nous ; ce qui l’intéressait c’était ce qui ani­mait ce type, obligé d’obéir à son père, per­du et défini­tive­ment vain­cu. Loin, très loin le roman­tisme lit­téraire.
Philippe monte des clas­siques, sans doute pour les amadouer, et peut-être pour qu’il fassent moins peur et pour que l’on puisse les écouter comme ils sont.
Des paroles.
Des voix de l’intérieur. Philippe monte des textes, pas des auteurs. Ce n’est pas le geste qui l’intéresse mais la matière. Moi je trou­ve ça épatant, c’est très loin de moi cette foi dans l’écrit. Et il ne s’arrête pas de l’interroger, cette matière, elle n’a rien de sacré, il veut mul­ti­pli­er les pos­si­bles, il lutte, il s’énerve, il inter­vient, il s’absente, il télé­phone, il joue, il réécrit, il s’identifie, il mon­tre, il se laisse sur­pren­dre, il s’endort, il provoque, il se con­fronte, il creuse, il allège, il regarde. Au plateau on essaye. On essaye presque tout car il a besoin de voir. Il doit voir. Il doit voir et faire le point. Il doit savoir où il en est, il doit se posi­tion­ner.
Philippe répète qu’il a besoin que les acteurs résis­tent, au texte, à la mise en scène, au désir de jouer, peu importe, car il a besoin d’être sur­pris, d’être remis en cause. Il a besoin de sen­tir cette résis­tance du plateau, du texte. Il aime être en lutte.
Ça me va, du coup je ne suis pas obligé d’être d’accord avec lui.
D’ailleurs il aime bien ce type de provo­ca­tion. Il y a quelques années à l’école de théâtre, durant un an, tous les mer­cre­di matin nous lisions avec lui des textes autour du théâtre ; des inter­views, des témoignages, des cri­tiques ou des écrits théoriques, puis nous en débat­tions entre nous. Je ne suis pas sûr que ce soit une pra­tique répan­due dans les écoles pour acteurs. Je me sou­viens avoir eu une très vive émo­tion et un rejet vio­lent à la lec­ture d’un texte où l’auteur expli­quait son rap­port au théâtre, son amer­tume, son dés­espoir, l’impossibilité d’arriver à quelque chose, le partage de sa désil­lu­sion en somme. Ce type m’avait pro­fondé­ment énervé. Philippe en rajoutait en par­lant du théâtre comme d’un art désuet ou en voie d’extinction. De la provoc à deux francs. J’étais hors de moi et je trou­vais que l’auteur n’avait qu’à aller se faire foutre. Philippe ça l’a un peu éton­né ma réac­tion, on est passé à un autre sujet. Mais j’ose penser qu’il était d’accord avec moi et que ça lui a fait plaisir, cette colère. Encore aujourd’hui, quand j’entends ce genre de dis­cours, je me dis qu’il y a un paquet de ces types qui devraient aller se faire foutre. Philippe se le dit peut-être aus­si.

Yoann Blanc

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Écrit par Yoann Blanc
Yoann Blanc est acteur, diplômé de l’Insas. Il a eu Philippe Sireuil comme pro­fesseur. Lors d’une pro­duc­tion à...Plus d'info
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