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Le 23 Avr 2011
Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
108
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« Elle est très dif­férente de la chanteuse gui devait inter­préter ce rôle ini­tiale­ment. Anne-Cather­ine Gillet est cruche à souhait ». Ceci est la réponse de Philippe Sireuil à un audi­teur lors de la ren­con­tre entre les spec­tac­teurs et les artistes de la pro­duc­tion LE NOZZE DI FIGARO à Liège en 1996. Bon, je ne savais pas vrai­ment pourquoi j’avais été retenue pour le rôle, mais, main­tenant j’étais au par­fum. 

C’était ma pre­mière expéri­ence pro­fes­sionelle. Et quelle expéri­ence ! Je crois qu’elle m’a éduquée et que je ressens encore aujourd’hui ses influ­ences. D’ailleurs, lorsqu’on me ques­tionne sur mon par­cours et mon évo­lu­tion, je men­tionne sou­vent une réflex­ion de Philippe qui nous dis­ait (j’espère ne pas déna­tur­er son pro­pos) que les per­son­nages ne sont jamais com­plète­ment noirs ou blancs, mais gris, avec des nuances, et que c’est sur ces nuances qu’il est intéres­sant de tra­vailler. 

Je me sou­viendrai aus­si toute ma vie des pre­mières min­utes de tra­vail ; nous répé­tions, je suis entrée sur scène et aus­sitôt, Philippe m’arrête et me dit : « Pourquoi entres-tu ? » J’ai fail­li répon­dre : « Heu, parce que c’est inscrit sur la par­ti­tion … ». Je com­mençais tout juste à tra­vailler et n’avais jamais réelle­ment fait de théâtre. C’est là que Philippe nous a expliqué l’importance de s’imaginer con­crète­ment gui est le per­son­nage, son entourage, sa famille, son enfance, son lieu de vie, d’où il vient et où il va … 

Valérie Bauchau et Anne-Marie Loop dans LE TRIOMPHE DE L’AMOUR de Pierre Cadet de Marivaux, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Atelier Théâtre Jean Vilar et La Servante, 2002. Photo Véronique Vercheval.
Valérie Bauchau et Anne-Marie Loop dans LE TRIOMPHE DE L’AMOUR de Pierre Cadet de Mari­vaux, décor Vin­cent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Ate­lier Théâtre Jean Vilar et La Ser­vante, 2002. Pho­to Véronique Vercheval.

À l’Opéra de Wal­lonie, nous avons refait LE NOZZE DI FIGARO en 2000, et ce gui m’a épaté à ce moment-là, c’est sa manière de tou­jours revenir sur le tra­vail, de chang­er com­plète­ment une scène voire un acte, même si cela implique un boule­verse­ment de cer­taines choses plus loin dans l’histoire. Enfin, et tou­jours à Liège, j’ai retra­vail­lé sous sa direc­tion pour PELLÉAS ET MÉLISANDE en 2007, pro­duc­tion pour laque­lle Philippe m’avait demandé six mois plus tôt de pren­dre quelques leçons de trapèze ! Par­tant du principe que l’on ne peut pas dire que l’on n’aime pas les épinards si on en a jamais mangé, j’ai accep­té. En lui répon­dant que je ne savais pas à l’avance ce que je serais capa­ble d’effectuer ! La scène de la tour est dev­enue la scène du trapèze, c’était mag­ique ! Ce trapèze avait été conçu spé­ciale­ment pour le spec­ta­cle, il était énorme !
Cette pro­duc­tion reste dans les mémoires du pub­lic lié­geois et surtout dans nos coeurs. Je me sou­viens d’une autre anec­dote : Philippe avait demandé à Marc Bar­rard, gui inter­pré­tait Golaud, de chanter toute sa grande scène finale en restant comme prostré sur son siège … Ce que Marc fit les cinq pre­mières min­utes, puis ne ten­ant plus, et alors que nous étions tous pen­dus à ses lèvres telle­ment l’émotion était intense, il se lève d’un bond et nous dit avec son accent ensoleil­lé : « Mais, bonne mère, j’y arrive pas ! ! ! ». Sur quoi, Philippe par­tit d’un éclat de rire car il trou­vait lui, et nous tous aus­si d’ailleurs, que, jusque-là, la scène était d’une force peu banale.
Ce gui me plait avec Philippe, c’est la recherche, sans arrêt, d’un côté à l’autre, jusqu’à l’extrême, on efface tout et on recom­mence … On va retra­vailler bien­tôt ensem­ble, peut-être que je suis plus si cruche … ou peut-être que Philippe aime beau­coup les cruch­es ! Je sais ce que je vais lui offrir comme petit cadeau lors de la pre­mière de notre spec­ta­cle !

Anne-Cather­ine Gillet

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Écrit par Anne-Catherine Gillet
Anne-Cather­ine Gillet est diplômée en chant-opéra au con­ser­va­toire de Liège en 1999. Elle a été engagée pour les...Plus d'info
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