Teatro Meridional Une vision corn passionnelle et exigeante sur scène
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Teatro Meridional Une vision corn passionnelle et exigeante sur scène

Le 1 Avr 2011
1974 Avec Emanuel Arada, Filipe Costa, Inés Mariana Moitas, Joâo Melo, Miguel Damiâo et Susana Madeira. Photo Susana Paiva.
1974 Avec Emanuel Arada, Filipe Costa, Inés Mariana Moitas, Joâo Melo, Miguel Damiâo et Susana Madeira. Photo Susana Paiva.
1974 Avec Emanuel Arada, Filipe Costa, Inés Mariana Moitas, Joâo Melo, Miguel Damiâo et Susana Madeira. Photo Susana Paiva.
1974 Avec Emanuel Arada, Filipe Costa, Inés Mariana Moitas, Joâo Melo, Miguel Damiâo et Susana Madeira. Photo Susana Paiva.
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Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
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« ÊTRE ACTEUR est une option de vie, pas une pro­fes­sion, parce que cela t’implique totale­ment en tant qu’être humain : du point de vue émo­tion­nel, physique, men­tal et spir­ituel », dit Miguel Seabra, acteur, met­teur-en-scène et co-directeur (avec Natalia Luiza) du Teatro Merid­ion­al. Pour eux l’exigence artis­tique et spir­ituelle va bien au-delà de l’assurance accordée par la maîtrise d’une tech­nique de scène, même si celle-ci a son impor­tance. 

Fondée en 1992 après un séjour en Ital­ie — pour mieux appren­dre le jeu de la com­me­dia dell’arte-, la com­pag­nie fait ses débuts avec la créa­tion col­lec­tive KI FATXIAMU NOI KUI (qui a reçu des prix au Por­tu­gal et à Casablan­ca), en prenant une dimen­sion inter­na­tionale, elle asso­cie des jeunes acteurs du midi — Ital­ie, Espagne et Por­tu­gal — et se pro­duit dans dif­férents pays. 

Bien vite, la langue por­tu­gaise les con­duira à avoir un rap­port priv­ilégié avec la luso­phonie, dans sa cul­ture et sa lit­téra­ture. Natalia Luiza fera la sélec­tion des oeu­vres et la dra­maturgie — avec une grande com­pé­tence lit­téraire et théâ­trale — à par­tir des textes nar­rat­ifs et lyriques, tels ceux de Mia Couto (LA VÉRANDA AU FRANGIPANIER, 1999, et MAR ME QUER, 2001) mais aus­si des textes d’auteurs brésiliens (CONTOS EM VIAGEM- BRASIL/ Con­tes en voy­age — Brésil, 2006 et 2009), des écrivains du Cap Vert (CONTOS EM VIAGEM- CABO VERDE/ Con­tes en voy­age — Cap Vert, 2007), ou sur des écrits de Pepetela ou de José Eduar­do Agualusa, les deux d’Angola (respec­tive­ment, A MONTANHA DA ÁGUA LILÁS/ La mon­tagne de l’eau lilas, 2005, et GERAÇÃO W./ Géra­tion W., 2004).1

La pre­mière phase de l’histoire du Teatro Merid­ion­al s’achève en 1995 (au moment où Miguel Seabra subit un AVC qui l’oblige à un retrait pro­vi­soire) et com­porte prin­ci­pale­ment des créa­tions col­lec­tives (comme CLOUN DEI), mais le pre­mier suc­cès fut obtenu par un spec­ta­cle qui mon­trait la per­fec­tion d’un style mûri à par­tir de tous les appren­tis­sages de la com­me­dia : ÑAQUE O DE PIOJOS Y ACTORES (Ñaque, ou sur des puces et des acteurs) (1994 ), de José San­chis Sin­is­ter­ra. Ici, comme, d’ailleurs, dans leurs autres aven­tures théâ­trales, la maîtrise des exi­gences de la com­me­dia dell’arte était évi­dente : la seg­men­ta­tion du mou­ve­ment, la per­cep­tion du tout dans ses par­ties, le goût de la nar­ra­tion, l’improvisation, les gags, la com­mu­ni­ca­tion avec le pub­lic, la con­ver­gence du rire et de la com­pas­sion, et enfin, la capac­ité de tra­vailler sans filet.
La sec­onde phase s’arrête en 2000, lorsque les acteurs espag­nols — Alvaro Lavin et Julio Sal­vatier­ra — quit­tèrent la com­pag­nie pour for­mer un autre Teatro Merid­ion­al dans leur pays. L’exercice le plus curieux de cette phase fut la réécri­t­ure, sur un mode ironique, de l’action trag­ique de deux pièces de Shake­speare — conçus par l’acteur Julio Sal­vatier­ra — ROMEO, VERSION MONTESQUE2 DE LA TRAGÉDIE DE VERONE( 1996) et MACBETH, UNE TRAGÉDIE IBÉRIQUE (1998). Deux ans plus tard, ils représen­teront une autre pièce de Sin­is­ter­ra, MOLLY BLOOM (1996) — dans laque­lle Natalia Luiza don­na corps, voix et présence à l’héroïne Joy­ci­enne.
Ces onze dernières années ont per­mis à la com­pag­nie d’expérimenter des travaux de dimen­sion anthro­pologique sur l’atmosphère humaine et la cul­ture de deux régions du Por­tu­gal. À par­tir de rési­dences artis­tiques — qui leur ont per­mis un véri­ta­ble appro­fondisse­ment de l’esprit des lieux et des tra­di­tions cul­turelles, y com­pris dans les souf­frances et les joies de la vie quo­ti­di­ennes — ils ont créé d’émouvantes par­ti­tions choré­graphiques sans mots mais d’une éton­nante expres­siv­ité : PARA ALÉM DO TEJO (2004), sur la région de l’Alentejo, au sud du Por­tu­gal, qui a reçu le Prix de l’Association Por­tu­gaise des Cri­tiques de Théâtre (APCT) — et POR DETRAS DOS MONTES(2006), sur la région de Tras-os-Montes, au nord. D’autres « ren­con­tres » artis­tiques excep­tion­nelles leur ont per­mis de faire évoluer leurs options esthé­tiques : sur le plan musi­cal, par les créa­tions de Fer­nan­do Mota, et sur le plan scénique, grâce à la scéno­gra­phie déli­cate et inven­tive de Mar­ta Car­reiras. Dans le domaine dra­maturgique, il y eut la ren­con­tre déter­mi­nante et humaine avec l’ oeu­vre de Samuel Beck­ett, dont ils ont mis en scène, en 2004, FIN DE PARTIE et, en 2006, EN ATTENDANT GODOT. En fait, Miguel Seabra se recon­naît dans l’ascétisme beck­et­tien, le besoin de fail­lir — « fail­lir tou­jours mieux » — et surtout dans le néces­saire appren­tis­sage de l’humilité, en révélant sur scène la fragilité de l’être humain.
L’esthétique de la com­pag­nie est basée sur le dépouille­ment scénique, une voca­tion itinérante, la recherche d’une com­mu­ni­ca­tion directe (qui, d’ailleurs, dépasse la dimen­sion étroite­ment cog­ni­tive) avec le pub­lic, et enfin, l’importance accordée à la musique qui con­fère à cette com­mu­ni­ca­tion une vibra­tion intense. La sim­plic­ité visée par la com­pag­nie est faite d’un curieux mélange de com­plex­ité (dans son hori­zon lyrique), de rigueur (mais pas de rigid­ité), de sub­til­ité, et surtout d’un désir d’expérimentation con­tin­uelle. Son souci paraît une utopie qu’ils recherchent en per­ma­nence : trou­ver dans le col­lec­tif l’individualité de cha­cun.

En 1974, Miguel Seabra a tra­vail­lé pour la pre­mière fois avec d’autres artistes, tels que José Mario Bran­co pour la musique3, Fran­cis­co Luís Par­reira pour la dra­maturgie (pour la com­pag­nie il était surtout le tra­duc­teur de Beck­ett), et avec un cer­tain nom­bre d’acteurs qu’il ren­con­trait pour la pre­mière fois.
Ce tra­vail sur la mémoire his­torique est aus­si un défi et cela a accru son sens d’apprentissage et du partage artis­tique qu’il pour­suit tou­jours.
Comme il a un jour avoué : « J’ai l’image d’un grand bateau dans lequel la vie se déploie, et le théâtre est un petit bateau, attaché par un fil, d’une énorme fragilité, d’une dimen­sion presque insignifi­ante, mais il est un sauveteur. Il est un des derniers lieux où l’on peur trou­ver l’être humain dans sa dimen­sion la plus nue, la plus soli­taire et, en même temps, la plus com­mu­nau­taire. » (in Sinais de cena, n° 10, Asso­ci­ação Por­tugue­sa de Críti­cos de Teatro / Cen­tro de Estu­dos de Teatro, Décem­bre 2008, p. 58).

  1. Pour une infor­ma­tion plus com­plète sur les travaux de la troupe, on peut accéder à la page de la CETbase (base de don­nés du Cen­tre des Études de Théâtre de l’Université de Lis­bonne) http://www.fl.ul.pt/CETbase/reports/client/ Report.htm10bjType=Instituicao&Objld=249 ou au web­site de la com­pag­nie : http://www.teatromeridional.net/ ↩︎
  2. Le mot « mon­tesque » a été inven­té pour soulign­er le fait que c’était l’histoire de Romeo et Juli­ette, mais à par­tir du point de vue de la famille Mon­te­chio / Mon­tague (à laque­lle appar­tient Romeo). ↩︎
  3. José Mário Bran­co, comme José Afon­so, a mar­qué la chan­son révo­lu­tion­naire et de protes­ta­tion au Por­tu­gal avant et après la Révo­lu­tion des OEil­lets en 1974. ↩︎
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Écrit par Maria Helena Serôdio
Maria Hele­na Serô­dio est Pro­fesseur à la Fac­ulté de Let­tres de l’Université de Lis­bonne. Au Cen­tre des Études...Plus d'info
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