Andrej Moguchiy
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Andrej Moguchiy

Le 1 Avr 2011
Affiche de HAPPINESSp, ièce de Andrey Moguchiy et Konstantin Filippov d’après un texte de Maurice Maeterlinck, mise en scène Andrey Moguchiy, créé pour le Prix Europe pour le théâtre en avril 2011 à Sainc-Petersbourg.
Affiche de HAPPINESSp, ièce de Andrey Moguchiy et Konstantin Filippov d’après un texte de Maurice Maeterlinck, mise en scène Andrey Moguchiy, créé pour le Prix Europe pour le théâtre en avril 2011 à Sainc-Petersbourg.
Affiche de HAPPINESSp, ièce de Andrey Moguchiy et Konstantin Filippov d’après un texte de Maurice Maeterlinck, mise en scène Andrey Moguchiy, créé pour le Prix Europe pour le théâtre en avril 2011 à Sainc-Petersbourg.
Affiche de HAPPINESSp, ièce de Andrey Moguchiy et Konstantin Filippov d’après un texte de Maurice Maeterlinck, mise en scène Andrey Moguchiy, créé pour le Prix Europe pour le théâtre en avril 2011 à Sainc-Petersbourg.
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Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
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LES HOMMES DE THÉÂTRE russe se trou­vent habituelle­ment pris­on­niers de la puis­sante école de théâtre et des grandes tra­di­tions théâ­trales de leur pays.
Le fon­da­teur du « théâtre formel » Andrej Moguchiy s’est tou­jours sen­ti libre de ces chaînes. Dès ses pre­miers essais de mise en scène, il s’inséra mal dans la vie théâ­trale de son pays. À Saint-Peters­bourg, il ter­mi­na un cur­sus à l’Institut de la cul­ture, organ­isme tout à fait mar­gin­al et, à l’instar des pein­tres, se for­ma lors de stages en Alle­magne et en Pologne ( chez Krys­t­ian Lupa). À la dif­férence de l’écrasante majorité de ses col­lègues de plateau, il a tou­jours con­sid­éré la scène non pas comme un rem­part de la tra­di­tion, mais comme un espace d’expérimentation ; et aucune de ses pro­duc­tions n’a ressem­blé à la précé­dente.
Quand pra­tique­ment tous autour de lui fai­saient du théâtre nat­u­ral­iste, Moguchij com­mença à faire du théâtre sur le théâtre, tes­tant avec ténac­ité sa résis­tance et mesurant les lim­ites qu’il offre. Il fut l’un des pre­miers en Russie à se pas­sion­ner pour les représen­ta­tions de rues. (Une de ses oeu­vres les plus con­nues, ORLANDO FURIOSO a été jouée, selon les cir­con­stances, sur scène, sur une place, dans un parc pub­lic, dans une forter­esse, etc.). Il fut l’un des pre­miers à avoir mis en scène Hein­er Müller et Vladimir Sorokin que le monde de la scène russe con­sid­érait avec incom­préhen­sion et cir­con­spec­tion.
Le pro­gramme de son spec­ta­cle d’après Müller-Sorokin HAMLET-MACHINE abondait de mots comme spé­ciale­ment choi­sis pour effarouch­er le spec­ta­teur con­ser­va­teur : non pas spec­ta­cle, mais per­for­mance inter­ac­tive, non pas décor, mais instal­la­tion, non pas arrange­ment musi­cal, mais effets sonores d’un DJ célèbre … À con­sid­ér­er cette oeu­vre bouil­lon­nante, beau­coup de choses s’éclairent à pro­pos de Moguchij et du des­tin du théâtre russe de la deux­ième moitié du vingtième siè­cle. Il est vrai que dans les années où, en Europe, oeu­vrait Antonin Artaud et que scin­til­laient les ful­gu­rances des révoltes de la jeunesse, nous décou­vri­ons quant à nous Brecht et reve­nions aux con­cep­tions théâ­trales de Mey­er­hold et du « véri­ta­ble » et non offi­cieux Stanislavs­ki. Nous sommes passés à côté de la con­tre-cul­ture en la remar­quant à peine. Le met­teur en scène de Saint-Peters­bourg déci­da de répar­er cette omis­sion. Ses spec­ta­cles sont une antholo­gie de l’avant-garde scénique des années soix­ante et un guide en pro­fondeur de l’esthétique post-mod­erniste. Quelque-chose dans le genre d’une ency­clopédie du théâtre mod­erne conçue pour un pays abrité durant des décen­nies der­rière un rideau de fer de toutes les épidémies de révoltes occi­den­tales. Pour l’opinion russe, Moguchiy n’est pas vrai­ment un met­teur en scène, mais un inven­teur infati­ga­ble, un bateleur pub­lic, mais d’une très haute qual­i­fi­ca­tion. Un pres­tidig­i­ta­teur manip­u­lant habile­ment les réus­sites scéniques européennes qui, en rai­son de notre his­toire spé­ci­fique­ment russe, n’ont pu se gref­fer chez nous.
Et pour­tant, mal­gré son évi­dent occi­den­tal­isme, Moguchiy reste un met­teur en scène éminem­ment russe. Sim­ple­ment, il entre­tien un rap­port très com­pliqué d’attraction-répulsion avec sa patrie. N’est-ce pas pour cela que dans un de ses meilleurs spec­ta­cles, d’après le roman de Sacha Sokolov ENTRE CHIEN ET LOUP, un coin russe effrayant, peu­plé de per­son­nages fan­tas­tiques, se trans­forme subite­ment en une con­trée hyper­boréenne, impéné­tra­ble et poé­tique, en un roy­aume de glaces éter­nelles et de vent représen­té par un énorme morceau de polyéthylène ondu­lant sur toute la sur­face de la scène. Ce pays est vu avec les yeux d’un homme qui, mal­gré toute son atti­rance pour l’Occident, l’aime néan­moins et de toute façon ne peut s’en détach­er. 

Traduit du russe par Roswith­a­ju­dor.

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