À propos de Vesturport
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À propos de Vesturport

Le 1 Avr 2011
Margret Vilhjalmsdottir et Nina Dogg Filippusdottir dans ROMEO & ]ULIET de William Shakespeare, mise en scène Vesturport, Young Vic Theatre, Londres, 2003. Photo Vesturport.
Margret Vilhjalmsdottir et Nina Dogg Filippusdottir dans ROMEO & ]ULIET de William Shakespeare, mise en scène Vesturport, Young Vic Theatre, Londres, 2003. Photo Vesturport.
Margret Vilhjalmsdottir et Nina Dogg Filippusdottir dans ROMEO & ]ULIET de William Shakespeare, mise en scène Vesturport, Young Vic Theatre, Londres, 2003. Photo Vesturport.
Margret Vilhjalmsdottir et Nina Dogg Filippusdottir dans ROMEO & ]ULIET de William Shakespeare, mise en scène Vesturport, Young Vic Theatre, Londres, 2003. Photo Vesturport.
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Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
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EN DIX ANS seule­ment, la com­pag­nie islandaise Ves­tur­port est dev­enue l’une des troupes de théâtre les plus mar­quantes en Europe. Elle doit sa renom­mée prin­ci­pale­ment au défi physique que représen­tent ses pro­duc­tions. Il n’y a là rien de sur­prenant si l’on se sou­vient que Gis­li Örn Gar­dars­son, l’un de ses co-fon­da­teurs, a suivi une dou­ble for­ma­tion de gym­naste et d’acteur, a fait par­tie de l’équipe nationale islandaise et con­cou­ru aux cham­pi­onnats d’Europe. Gar­dars­son s’apprête main­tenant à emmen­er Ves­tur­port à un évène­ment d’un tout autre genre rem­porté par sa com­pag­nie : le Prix européen du théâtre 2001.
Ves­tur­port a d’abord provo­qué l’étonnement par la réal­i­sa­tion de ROMEO AND JULIET. La pro­duc­tion, créée à Reyk­javik en 2002, a été représen­tée un an plus tard au théâtre Young Vic à Lon­dres. Elle ne ressem­blait à aucune des pro­duc­tions de la tragédie de Shake­speare que l’on avait déjà pu voir par le passé. Les acteurs tra­ver­saient une passerelle rouge en sautant, volant et pirou­et­tant pour exprimer la rival­ité entre les Mon­taigu et les Capulet. Roméo, joué par Gar­dars­son en per­son­ne, pendait à un chan­de­lier tête en bas tan­dis que Juli­ette l’embrassait. Pour matéri­alis­er son isole­ment, Juli­ette était assise dans un cerceau sus­pendu. Des acro­baties aéri­ennes étaient égale­ment asso­ciées à un comique terre-à-terre : la Nour­rice était jouée par un homme gras­souil­let por­tant barbe et faux seins. Une mise en scène extrav­a­gante, pétil­lante, inven­tive et immé­di­ate­ment pop­u­laire. 

Depuis lors, Ves­tur­port a porté à la scène un grand nom­bre de pro­duc­tions. En 2005, la troupe a présen­té WOYZECK de Buch­n­er dans une ver­sion où l’on trou­vait un aquar­i­um géant dans lequel deux per­son­nages se livraient à un moment don­né à de tumultueux ébats amoureux ; cette pro­duc­tion mar­qua par ailleurs le début d’un parte­nar­i­at musi­cal avec Nick Cave et War­ren Ellis, dont la par­ti­tion mêlait bard rock et chan­sons pop­u­laires. La réal­i­sa­tion prob­a­ble­ment la plus aboutie de Ves­tur­port fut don­née en 2006, une ver­sion de LA MÉTAMORPHOSE de Kaf­ka réal­isée en parte­nar­i­at avec le Lyric Ham­mer­smith à Lon­dres dans une mise en scène cosignée par Gar­dars­son et David Farr. La fable de Kaf­ka, évo­quant un homme gui décou­vre un matin au réveil gu’ il a été trans­for­mé en coléop­tère, fut con­sid­érée comme une puis­sante métaphore du fas­cisme : l’isolement du héros, coupé de sa famille grotesque et bru­tale, était égale­ment évo­qué par cette même image du per­son­nage pen­dant du pla­fond tête en bas.
Cette pro­duc­tion a tourné dans toute l’Europe puis présen­tée à Séoul et à New York. Dans les années qui ont suivi, Ves­tur­port s’est trans­for­mée en une véri­ta­ble cen­trale créa­trice. Elle s’est engagée auprès de jeunes publics du monde entier. Elle a pro­duit qua­tre longs métrages. Plus récem­ment, elle a mis en scène sa pro­pre inter­pré­ta­tion du FAUST de Goethe. Plutôt que de ten­ter de cir­con­scrire toute l’ oeu­vre, elle a situé l’histoire dans une mai­son de retraite dont le pen­sion­naire le plus âgé, un acteur, se trou­ve plongé dans un imag­i­naire faustien : imag­i­naire qui con­duisit de nou­veau la com­pag­nie à réalis­er des acro­baties spec­tac­u­laires dans un fi.let sus­pendu au-dessus du pub­lic. Quelle direc­tion va pren­dre à présent Ves­tur­port ?
En dix ans, la troupe, fran­chissant les fron­tières de l’Islande, est dev­enue mon­di­ale­ment célèbre pour sa jeunesse, son énergie et sa volon­té d’offrir une vision rad­i­cale­ment nou­velle des grands clas­siques européens. Par­lant avec Gis­li Örn Gar­dars­son à Lon­dres en sep­tem­bre dernier, j’ai décou­vert qu’il avait per­du une par­tie de son goût à se sus­pendre aux trapèzes tête en bas. Mais ni lui, ni sa troupe, qui con­stitue un col­lec­tif extra­or­di­naire, n’ont per­du leur envie de met­tre en scène les grands chefsd’ oeu­vre du théâtre et de la lit­téra­ture européens. Un mois après notre ren­con­tre, Gis­li m’a indiqué par cour­riel que son prochain pro­jet serait LES FRÈRES KARAMAZOV. Même si Ves­tur­port est con­duit à évoluer avec le temps, une chose est claire : la com­pag­nie n’a rien per­du de son inso­lence ni de son ent­hou­si­asme pour la haute volée.

Traduit de l’anglais par Émi­lie Sys­sau.

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Écrit par Michael Billington
Michael Billing­ton est jour­nal­iste au Guardian. Il fait par­tie du jury du Prix Europe pour le Théâtre de...Plus d'info
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