
Quelle Histoire ? La sienne ou celle du monde ?
Cette interrogation recèle toute la complexité de Philippe et de son rapport au monde.
Philippe aime l’Histoire et ne saurait se résoudre à ne pas la marquer, y laisser sa trace.
Quête que tous ceux gui ont vu son travail pourraient considérer comme accomplie mais que lui trouvera toujours inaboutie. C’est que la Belgique — la Communauté française de Belgique plus particulièrement — si peu attentive à la symbolique, n’a jamais été capable de repérer qu’avec lui s’élaborait une pratique, se développait un langage et se construisait progressivement une oeuvre. Cet aveuglement fut sans doute la raison du faible soutien qu’il reçu dans ses espérances à diriger un lieu de création. Philippe, gui avait grandi à Versailles où Culture et Histoire furent les bases de son éducation, a d’ailleurs toujours envié la politique culturelle française gui, donnant au théâtre public les moyens de son exigence, a permis la double émergence de metteurs en scène et de spectateurs réfléchissant ensemble à la cité et construisant peu à peu une histoire théâtrale française. Rien de cela chez nous et ils sont nombreux à s’en être allés les créateurs, écoeurés de tant d’indifférence.
Philippe est resté. Sa relation à la Belgique oscillant entre amour et haine mais il restait encore l’amour …
Il s’est battu pour tracer son chemin, plus humblement peut-être qu’en France, plus seul surtout, mais tout aussi passionnément. Et quand avec son complice de toujours Jean-Marie Piemme il monte CAFÉ DES PATRIOTES et dresse un portrait cruel de la Belgique, il interroge non seulement l’Histoire de celle-ci mais aussi de notre appartenance à ce drôle de pays. Et les spectateurs en sont touchés et ravis et plébiscitent le spectacle : les gens ont besoin qu’on leur parle d’eux, qu’on leur explique les codes de leur société.
La Belgique serait-elle tant remise en cause si l’exercice intelligent de la politique culturelle lui avait donné une existence)
Dans ce petit pays nous avons eu deux filles. Elles n’auront peut-être bientôt plus de nation mais auront toujours un père attentif à leur raconter leur histoire.
Philippe fait partie de mon histoire. Avant d’être actrice j’étais historienne.
Valérie Bauchau

