« Elle est très différente de la chanteuse gui devait interpréter ce rôle initialement. Anne-Catherine Gillet est cruche à souhait ». Ceci est la réponse de Philippe Sireuil à un auditeur lors de la rencontre entre les spectacteurs et les artistes de la production LE NOZZE DI FIGARO à Liège en 1996. Bon, je ne savais pas vraiment pourquoi j’avais été retenue pour le rôle, mais, maintenant j’étais au parfum.
C’était ma première expérience professionelle. Et quelle expérience ! Je crois qu’elle m’a éduquée et que je ressens encore aujourd’hui ses influences. D’ailleurs, lorsqu’on me questionne sur mon parcours et mon évolution, je mentionne souvent une réflexion de Philippe qui nous disait (j’espère ne pas dénaturer son propos) que les personnages ne sont jamais complètement noirs ou blancs, mais gris, avec des nuances, et que c’est sur ces nuances qu’il est intéressant de travailler.
Je me souviendrai aussi toute ma vie des premières minutes de travail ; nous répétions, je suis entrée sur scène et aussitôt, Philippe m’arrête et me dit : « Pourquoi entres-tu ? » J’ai failli répondre : « Heu, parce que c’est inscrit sur la partition … ». Je commençais tout juste à travailler et n’avais jamais réellement fait de théâtre. C’est là que Philippe nous a expliqué l’importance de s’imaginer concrètement gui est le personnage, son entourage, sa famille, son enfance, son lieu de vie, d’où il vient et où il va …

À l’Opéra de Wallonie, nous avons refait LE NOZZE DI FIGARO en 2000, et ce gui m’a épaté à ce moment-là, c’est sa manière de toujours revenir sur le travail, de changer complètement une scène voire un acte, même si cela implique un bouleversement de certaines choses plus loin dans l’histoire. Enfin, et toujours à Liège, j’ai retravaillé sous sa direction pour PELLÉAS ET MÉLISANDE en 2007, production pour laquelle Philippe m’avait demandé six mois plus tôt de prendre quelques leçons de trapèze ! Partant du principe que l’on ne peut pas dire que l’on n’aime pas les épinards si on en a jamais mangé, j’ai accepté. En lui répondant que je ne savais pas à l’avance ce que je serais capable d’effectuer ! La scène de la tour est devenue la scène du trapèze, c’était magique ! Ce trapèze avait été conçu spécialement pour le spectacle, il était énorme !
Cette production reste dans les mémoires du public liégeois et surtout dans nos coeurs. Je me souviens d’une autre anecdote : Philippe avait demandé à Marc Barrard, gui interprétait Golaud, de chanter toute sa grande scène finale en restant comme prostré sur son siège … Ce que Marc fit les cinq premières minutes, puis ne tenant plus, et alors que nous étions tous pendus à ses lèvres tellement l’émotion était intense, il se lève d’un bond et nous dit avec son accent ensoleillé : « Mais, bonne mère, j’y arrive pas ! ! ! ». Sur quoi, Philippe partit d’un éclat de rire car il trouvait lui, et nous tous aussi d’ailleurs, que, jusque-là, la scène était d’une force peu banale.
Ce gui me plait avec Philippe, c’est la recherche, sans arrêt, d’un côté à l’autre, jusqu’à l’extrême, on efface tout et on recommence … On va retravailler bientôt ensemble, peut-être que je suis plus si cruche … ou peut-être que Philippe aime beaucoup les cruches ! Je sais ce que je vais lui offrir comme petit cadeau lors de la première de notre spectacle !
Anne-Catherine Gillet

