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Le 17 Avr 2011
Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
108
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Afin d’entrer de manière anar­chique et sub­jec­tive dans cet abécé­daire dédié à Philippe Sireuil, j’épinglerai seule­ment quelques con­sid­éra­tions désor­don­nées qui, j’espère, for­meront un por­trait para­dox­al de l’homme au tra­vail, cer­taine­ment incom­plet.
Le théâtre est l’Art de la Dépense. Le théâtre doit coûter cher. Il n’y a pas d’immoralité à cela, c’est même une mar­que de fab­rique.
Le théâtre est l’ Art de la Retenue.
Philippe est un dandy dans l’âme. D’où une cer­taine élé­gance. D’où une cer­taine sobriété des lignes.
Philippe est aus­si une sorte de méga­lo­mane fougueux : il peut, par exem­ple, décider de jeter un décor ruineux à la poubelle quelques jours avant une pre­mière et ain­si de plonger une équipe entière dans la ter­reur. Tout ce qui entrave sa lib­erté, voire son caprice, tout ce qui fixe, grave une sen­sa­tion fugace dans le mar­bre de la matière peut être bal­ayé d’une main dés­in­volte.
Au point qu’il con­sid­ère par­fois ( et c’est le pro­pre de nom­bre « d’hommes de théâtre ») les mem­bres de son équipe comme des excrois­sances de lui-même et ne com­prend pas tou­jours que les êtres autour de lui ne puis­sent lire dans ses pen­sées.
D’où une cer­taine impa­tience.
Philippe est un homme impa­tient.
Philippe est un faiseur.
Il monte dix spec­ta­cles par an.
Une dis­cus­sion avec Math­ias Lang­hoff m’avait frap­pée et n’a cessé de me revenir en tête lorsque j’ai observé Philippe au tra­vail : Lang­hoff déplo­rait le fait que les jeunes met­teurs en scène d’aujourd’hui ne sachent rien faire d’autre que courir après l’originalité, mis­ant sur la spon­tanéité de leurs élans créat­ifs, sans rien savoir de la con­struc­tion d’un décor, de la fab­ri­ca­tion d’une lumière, d’un cos­tume ou d’un texte.
En côtoy­ant Philippe, en l’observant au tra­vail, réécrivant des textes, pen­sant la lumière, le décor, dirigeant les acteurs, je me suis inter­rogée sur l’expression « homme de théâtre ». Sur la notion de « méti­er », en tant que savoir-faire, habil­ité d’exécution.
Moi, jeune met­teuse en scène, je con­tin­ue d’apprendre un méti­er.
J’avais tou­jours pen­sé que l’inspiration, au sens roman­tique du terme, était l’étincelle et le com­bustible du geste de mise en scène.
Au fil du temps, je con­state que le théâtre se fait, se pra­tique, se tra­vaille. Et que l’expérience, la répéti­tion, le recom­mence­ment, seuls, for­gent un savoir-faire indis­pens­able à notre pra­tique.
Et les mots de Koltès réson­nent dans ma tête :
« Faire du théâtre est la chose la plus super­fi­cielle, la plus inutile du monde, et du coup on a envie de la faire à la per­fec­tion. »

Aurore Fat­ti­er

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Écrit par Aurore Fattier
Aurore Fat­ti­er a fait des études uni­ver­si­taires en let­tres mod­ernes à Paris et s’est for­mée au con­ser­va­toire d’art...Plus d'info
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#108
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