Viliam Dočolomanský fait partie des plus jeunes lauréats du Prix Europe Nouvelles Réalités Théâtrales. Il est né en 1975 à Liptovský Mikuláš en Slovaquie. On trouve dans ses oeuvres deux thèmes principaux. Le premier ressort de l’âme profonde de la Slovaquie, qu’il exprime d’une part à travers les coutumes et chansons traditionnelles des Ruthènes partant à l’étranger pour travailler dur (SCLAVI/ EMIGRANTOVA PIESEŇ — Chanson d’un émigré-, 2005), et d’autre part à travers la tragédie des Juifs slovaques déportés dans les camps de concentration, mise en scène au théâtre de manière à la fois esthétique et cruelle (CAKÁREŇ- Salle d’attente, 2006). Le second thème d’inspiration est la culture romane. Ainsi, dans son adaptation de l’oeuvre SONETY TEMNEJ LÁSKY-Les Sonnets de l’amour obscur (2001) de Federico García Lorca, il développe le langage des corps et s’inspire fortement du savoir-faire des toréadors et des chansons tsiganes. La mise en scène de THÉÂTRE (2010) prend quant à elle ses racines dans les rythmes de danse et les rituels brésiliens, non pas dans les carnavals festifs, mais dans les marches des soldats et les chorégraphies populaires des ouvriers saisonniers.
Travaillant dans un premier temps en Slovaquie, il met en scène LES BONNES (2002) de Jean Genet et participe à plusieurs projets du groupe d’avant-garde Žilina-Záriečie. En 2002, il crée à Prague son propre studio de théâtre, Farma v jeskyni — Ferme dans la grotte, dont le nom vient également de Lorca. C’est là qu’il réalise ses mises en scène, tout en participant à différents projets et ateliers sur le développement et la recherche de l’articulation corporelle. Il étudie ainsi les dichotomies moi-toi, corps-voix, culture-nature, public-privé, recherche-art. On a tenté de lui trouver plusieurs pères-prédécesseurs, tels que Grotowski ou Gardzienice, mais Viliam Dočolomanský et ses mises en scène sont inégalables. Mêlant théâtre du mouvement et ballet, ses chorégraphies sont quasiment dansées et gardent souvent la trace des danses rudimentaires des nations autochtones d’Amérique latine ou d’Afrique. Il exige l’investissement absolu des acteurs, l’intensité du mouvement, de la musique ainsi que du chant. Le tourbillon des corps et les cris des gorges. Dans le texte SUR LE THÉÂTRE BALINAIS d’Antonin Artaud, on trouve une description que l’on peut appliquer aux acteurs de Dočolomanský : « On les voit à tout bout de champ opérer une sorte de rétablissement à pas comptés. Alors qu’on les croit perdus au milieu d’un labyrinthe inextricable de mesures, qu’on les sent près de verser dans la confusion, ils ont une manière à eux de rétablir l’équilibre, un arc-boutement spécial du corps (. .. ) ; — et sur trois pas finaux, qui les amènent toujours inéluctablement vers le milieu de la scène, voici que le rythme suspendu s’achève, que la mesure s’éclaircit ».
Sa troupe est internationale, composée de Slovaques, Polonais, Tchèques et d’un Coréen. Il voyage à travers le monde entier, traverse les frontières de différentes cultures, se laisse inspirer par diverses traditions. Dans ses oeuvres, il est néanmoins en désaccord avec l’idée de mondialisation. Un ouvrier ruthène, rentrant de l’étranger, retrouvera son amour en ruines. Les comédiens brésiliens représentant le théâtre traditionnel dans son oeuvre seront les grands perdants des conflits les opposant à un public riche international. Les cultures originales et autochtones deviennent ainsi chez Dočolomanskýles victimes de la mondialisation, et non son moteur.
Traduit du slovaque par Martina Saganová.



