Un recours à l’imaginaire
Dans un lieu désert, sur lequel le soleil ne se lève plus, trois personnages se rencontrent et vivent la crainte que nous avons tous plus ou moins secrètement enfouie, que l’astre de feu, un jour, s’éteigne à jamais.
Devant l’incapacité de la « Science » à comprendre et à résoudre l’énigme de sa disparition, les personnages en viennent à se plonger dans le mythe, la légende, dans un voyage au pays des morts pour y trouver, sinon une réponse, du moins l’espoir d’une aurore nouvelle.
Ainsi, les anciens et les modernes semblent vivre la même terreur ; les vivants et les fantômes semblent parler le même langage.
Et dans ce lieu du bout du monde, comme le dernier phare veillant sur une nuit infinie, dans lequel restent encore quelques vestiges d’une civilisation fort proche de la nôtre, renaissent les voix humaines venues d’autres continents, d’autres époques.
Dès lors, par le jeu propre au théâtre, les auteurs de cette création vont développer dans une fable moderne, l’idée que l’homme mis en situation, où le recours à l’explication scientifique, rationnelle, s’avère impossible, plonge dans l’imaginaire, (dans la réalité de l’inconscient); un concept qui ne contient ni frontière (ils sont tous étrangers les uns aux autres), ni barrière de langage, (un personnage parle le gaélique…), ni limite d’ordre, (l’espace de l’histoire est sans cesse transgressé par les contes).
Peut-être l’homme moderne aussi démuni que ses ancêtres redonne-t-il tout pouvoir à cet imaginaire pour que subsiste un espace où tout reste possible ; dans la dernière image on peut voir un grand soleil en macramé s’élever, porté par les personnages du drame et… tout renaître à la vie.
Un passage (au sens d’initiation)
Le spectacle est construit comme un lent mouvement de fondu enchaîné entre la réalité de la survie des trois personnages et des contes indiens, (d’Amérique), et des contes chinois.
Un passage de la fable (une situation d’impasse ; comment en sortir?) à l’imaginaire ; incantation, rite, « réalité différente », ultime source d’interrogation que l’on peut résumer comme suit :
« Avez-vous déjà connu pareilles craintes, avez-vous des chemins à nous montrer pour sortir de la nuit ? »
Là où l’histoire se borne à observer ou relater les faits, le conte semble dire :
« Quand le soleil disparaît dans ce monde, il apparaît peut-être dans un autre ».
Cette longue éclipse n’est peut-être qu’un passage ; juste le temps nécessaire à l’homme pour retrouver le soleil.
Les trois personnages vont faire ce passage ; ils quittent leurs habits ternes pour des parures de légende.
Ils font le voyage. Non en rêve mais sous mes yeux, « réellement », et tandis que l’imaginaire devient : « autre réalité », leur réalité première se transforme.

