« Le chien du ciel a mangé le soleil », dans la réalité, le conte…

« Le chien du ciel a mangé le soleil », dans la réalité, le conte…

juillet ’81

Le 22 Avr 1982
Le chien du ciel a mangé le soleil. 
Théâtre de la Guimbarde, de et par Billy Merwick, Catherine Simon et Luc Van Grunderbeeck. 
Scénographie et costumes: Jean-Claude De Bemels. Réalisation des costumes: Nicole Moris. 
Saison 1980-1981 photo: Pierre Vanderbrecht
Le chien du ciel a mangé le soleil. 
Théâtre de la Guimbarde, de et par Billy Merwick, Catherine Simon et Luc Van Grunderbeeck. 
Scénographie et costumes: Jean-Claude De Bemels. Réalisation des costumes: Nicole Moris. 
Saison 1980-1981 photo: Pierre Vanderbrecht

A

rticle réservé aux abonné·es
Le chien du ciel a mangé le soleil. 
Théâtre de la Guimbarde, de et par Billy Merwick, Catherine Simon et Luc Van Grunderbeeck. 
Scénographie et costumes: Jean-Claude De Bemels. Réalisation des costumes: Nicole Moris. 
Saison 1980-1981 photo: Pierre Vanderbrecht
Le chien du ciel a mangé le soleil. 
Théâtre de la Guimbarde, de et par Billy Merwick, Catherine Simon et Luc Van Grunderbeeck. 
Scénographie et costumes: Jean-Claude De Bemels. Réalisation des costumes: Nicole Moris. 
Saison 1980-1981 photo: Pierre Vanderbrecht
Article publié pour le numéro
AT11-Couverture du Numéro 11 d'Alternatives ThéâtralesAT11-Couverture du Numéro 11 d'Alternatives Théâtrales
11
Article fraîchement numérisée
Cet article rejoint tout juste nos archives. Notre équipe le relit actuellement pour vous offrir la même qualité que nos éditions papier. Pour soutenir ce travail minutieux, offrez-nous un café ☕

Un recours à l’imaginaire
Dans un lieu désert, sur lequel le soleil ne se lève plus, trois per­son­nages se ren­con­trent et vivent la crainte que nous avons tous plus ou moins secrète­ment enfouie, que l’astre de feu, un jour, s’éteigne à jamais.
Devant l’incapacité de la « Sci­ence » à com­pren­dre et à résoudre l’énigme de sa dis­pari­tion, les per­son­nages en vien­nent à se plonger dans le mythe, la légende, dans un voy­age au pays des morts pour y trou­ver, sinon une réponse, du moins l’espoir d’une aurore nou­velle.
Ain­si, les anciens et les mod­ernes sem­blent vivre la même ter­reur ; les vivants et les fan­tômes sem­blent par­ler le même lan­gage.
Et dans ce lieu du bout du monde, comme le dernier phare veil­lant sur une nuit infinie, dans lequel restent encore quelques ves­tiges d’une civil­i­sa­tion fort proche de la nôtre, renais­sent les voix humaines venues d’autres con­ti­nents, d’autres épo­ques.
Dès lors, par le jeu pro­pre au théâtre, les auteurs de cette créa­tion vont dévelop­per dans une fable mod­erne, l’idée que l’homme mis en sit­u­a­tion, où le recours à l’explication sci­en­tifique, rationnelle, s’avère impos­si­ble, plonge dans l’imaginaire, (dans la réal­ité de l’inconscient); un con­cept qui ne con­tient ni fron­tière (ils sont tous étrangers les uns aux autres), ni bar­rière de lan­gage, (un per­son­nage par­le le gaélique…), ni lim­ite d’ordre, (l’espace de l’histoire est sans cesse trans­gressé par les con­tes).
Peut-être l’homme mod­erne aus­si dému­ni que ses ancêtres redonne-t-il tout pou­voir à cet imag­i­naire pour que sub­siste un espace où tout reste pos­si­ble ; dans la dernière image on peut voir un grand soleil en macramé s’élever, porté par les per­son­nages du drame et… tout renaître à la vie.

Un pas­sage (au sens d’initiation)

Le spec­ta­cle est con­stru­it comme un lent mou­ve­ment de fon­du enchaîné entre la réal­ité de la survie des trois per­son­nages et des con­tes indi­ens, (d’Amérique), et des con­tes chi­nois.
Un pas­sage de la fable (une sit­u­a­tion d’impasse ; com­ment en sor­tir?) à l’imaginaire ; incan­ta­tion, rite, « réal­ité dif­férente », ultime source d’interrogation que l’on peut résumer comme suit :
«Avez-vous déjà con­nu pareilles craintes, avez-vous des chemins à nous mon­tr­er pour sor­tir de la nuit ? »
Là où l’histoire se borne à observ­er ou relater les faits, le con­te sem­ble dire :
«Quand le soleil dis­paraît dans ce monde, il appa­raît peut-être dans un autre ».
Cette longue éclipse n’est peut-être qu’un pas­sage ; juste le temps néces­saire à l’homme pour retrou­ver le soleil.
Les trois per­son­nages vont faire ce pas­sage ; ils quit­tent leurs habits ternes pour des parures de légende.
Ils font le voy­age. Non en rêve mais sous mes yeux, « réelle­ment », et tan­dis que l’imaginaire devient : « autre réal­ité », leur réal­ité pre­mière se trans­forme.

La démarche :
Au départ, l’envie de par­ler du soleil.
Et si le soleil dis­parais­sait, que se passerait-il ?
La nuit, le froid, la perte d’énergie …
Pourquoi ne pas imag­in­er avoir un jour des ennuis avec le soleil ?
S’il com­mençait à s’éteindre … Ou bien : imag­in­er qu’un gou­verne­ment s’approprie le soleil, le cache avec d’immenses écrans, pour le « reven­dre » aux plus offrants …
N’y‑a-t-il pas déjà une taxe sur l’énergie solaire ? 

Ce qui fut pour nous le « déto­na­teur », le déclic visuel, c’est cet arti­cle du Soir, daté d1 19 févri­er 1980 : « Aubaine pour savants et curieux : le chien céleste a avalé le soleil ». En même temps se gref­fait sur ce pre­mier thème celui de la mort. Il nous sem­blait intéres­sant de par­ler de la mort, la mort comme nor­mal­ité, même comme jeu pos­si­ble et non pas inter­dit. Le soleil est la vie, l’éclipse est la mort. Nous avons lu, cher­ché, par­lé. Par­lé autour de nous, et les ren­seigne­ments ont afflué, sur le soleil, l’énergie solaire, la lune, l’éclipse, les con­séquences d’une dis­pari­tion pro­longée du soleil, .… Lu des légen­des de tous pays, des con­tes, des bouquins sci­en­tifiques, des ency­clopédies, de la sci­ence-fic­tion, de l’anticipation, des livres d’enfants, des arti­cles de jour­naux, … 

A par­tir des pre­mières idées naquit une pre­mière trame : l’idée des trois per­son­nages, l’idée du lieu unique, « habité » par l’un des trois, l’unité de lieu liée à l’unité de temps. Le désir de mêler les légen­des à la réal­ité, d’intégrer les légen­des. L’idée d’un per­son­nage qui par­lerait une autre langue, réelle mais incon­nue, sans que cela sem­ble vrai­ment gên­er les deux autres.
Puis il y eut la quête des acces­soires, il fal­lait créer un univers de récupéra­tion, mon­tr­er que dans ce monde à la dérive, les per­son­nages, pren­nent, ramassent, récupèrent n’importe quoi : une baig­noire, une voiture d’enfant, un bidon vide, … Le tra­vail sur  Les acces­soires fit évoluer l’histoire, les réc­its, la con­cep­tion même des per­son­nages. Cer­tains acces­soires s’éliminèrent d’eux-mêmes, d’autres·  dev­in­rent des clés essen­tielles du spec­ta­cle.
Tout finis­sait par se recouper. l’idée de récupéra­tion d’objets don­nait nais­sance à l’éclairage en boîtes à con­serve ; l’étranger, le pre­mier habi­tant Du lieu, deve­nait le « grand récupéra­teur », celui qui avait conçu l’éclairage et lui avait don­né un sens : une sorte de bal­is­age étrange. 

Con­nais­sant les tournées en Bel­gique et le type de salle qui nous accueille sou­vent beau­coup de salles « omnis­port », salles de gym, que les organ­isa­teurs locaux trans­for­ment vaille que vaille en « théâtre à l’italienne »), nous désiri­ons depuis le début faire un spec­ta­cle pour ces salles-là, un spec­ta­cle à jouer en rond ou en car­ré, de toute façon au sol, avec les enfants autour de nous sur des gradins impro­visés. 

Ce type de dis­posi­tif per­met aus­si d’avoir tou­jours le pub­lic à la même dis­tance, nous évi­tons ain­si les salles à fos­se d’orchestre où il faut brusque­ment jouer en comp­tant 10 m de plus entre le pub­lic et nous. Jouer car­ré­ment la carte des salles non amé­nagées, c’était, au lieu de nier les prob­lèmes de décen­tral­i­sa­tion, choisir de les assumer pleine­ment en con­nais­sance de cause.

Cather­ine Simon
Luc Van Grun­der­beeck

A

rticle réservé aux abonné·es
Envie de poursuivre la lecture?

Les articles d’Alternatives Théâtrales en intégralité à partir de 5 € par mois. Abonnez-vous pour soutenir notre exigence et notre engagement.

S'abonner
Déjà abonné.e ?
Identifiez-vous pour accéder aux articles en intégralité.
Se connecter
Accès découverte 1€ - Accès à tout le site pendant 24 heures
Essayez 24h
9
Partager
Partagez vos réflexions...
Précédent
Suivant
Article publié
dans le numéro
AT11-Couverture du Numéro 11 d'Alternatives Théâtrales
#11
mai 2003

numéro 11

23 Avr 1982 — Depuis plus de dix ans, le Théâtre de la Communauté, troupe spécialisée dans le théâtre-action pour adultes, anime des ateliers…

Depuis plus de dix ans, le Théâtre de la Com­mu­nauté, troupe spé­cial­isée dans le théâtre-action pour adultes, ani­me…

Par Michel Van Loo
Précédent
21 Avr 1982 — Depuis 1970, le théâtre pour les jeunes spectateurs connaît un regain d’intérêt en Belgique d’expression française.Onze années de pratique régulière…

Depuis 1970, le théâtre pour les jeunes spec­ta­teurs con­naît un regain d’intérêt en Bel­gique d’expression française.Onze années de pra­tique régulière (créa­tion et dif­fu­sion), stages, fes­ti­vals, ren­con­tres, col­lo­ques, recherch­es, pub­li­ca­tions, insti­tu­tions… nous amè­nent à pos­er un…

Par Roger Deldime
La rédaction vous propose

Bonjour

Vous n'avez pas de compte?
Découvrez nos
formules d'abonnements

Mot de passe oublié ?