Depuis plus de dix ans, le Théâtre de la Communauté, troupe spécialisée dans le théâtre-action pour adultes, anime des ateliers pour enfants dans les milieux populaires de Seraing.
Sa section pour enfants, « Les Ateliers de la Colline », reconnue comme Centre d’Expression par le défunt Ministère de la Culture, mène son action à l’intérieur d’ateliers fixes répartis dans toute la commune.
D’autre part, grâce à un bus aménagé en atelier et en lieu théâtral, « Les Ateliers de la Colline » peuvent aller vers le public et le toucher là où il se trouve.
De nombreux spectacles réalisés par les enfants et par les comédiens-animateurs ont voulu être les reflets des problèmes sociaux et relationnels vécus par les enfants. Petite Chose, née après trois ans de travail, est le premier spectacle destiné à un large public et doit servir de base à de nouvelles animations.
Petite Chose, c’est la vie de trois enfants, la vie quotidienne de la naissance à l’adolescence. Douze années pendant lesquelles les adultes modèlent les enfants à leur image. Les adultes sont, eux-même, montrés comme des victimes. Manipulés, écrasés par le rythme de leur vie et par le poids des convenances, ils n’ont plus la force de réfléchir, de se battre. Ils ne peuvent que reproduire dans les rapports familiaux les rapports existants dans la société. L’enfant lui-même n’échappera pas à ce système. Il exercera son autorité sur ses jouets ou sur son chien.
Le spectacle ne propose pas de solution mais essaie de développer l’esprit critique des enfants. Employant des techniques plus proches de l’agit-prop que de Brecht, en particulier dans la forme d’écriture, le spectacle se présente sous la forme de douze tableaux reprenant les éléments qui feront de l’enfant un homme normalisé, banalisé, enfermé par les valeurs de notre société.
Dès la naissance, les parents s’approprient l’enfant. Déjà la voie est toute tracée. Entre le terrain vague, les héros de la télévision, la mère débordée de travail, l’école surpeuplée, l’ennui, l’envie de plaire à l’adulte, « le petit d’homme » n’a pas les moyens d’imaginer d’autres rapports.
Les personnages des enfants ne sont pas joués par des comédiens mais montrés sous forme de marionnettes « grandeur nature », manipulées à vue. Le rapport de dépendance est, ainsi, encore souligné. Le décor, une grande caisse cubique, aux multiples possibilités de transformations, délimite un jeu de l’oie en volume dans lequel se passe toute l’action. L’enfant coincé de toutes parts a très peu de chances de voir changer les choses.
La démarche des « Ateliers de la Colline » peut être rapprochée de la démarche faite par Catherine Dasté au « Théâtre de la Pomme Verte ».
Les animations dans des quartiers populaires de la banlieue parisienne l’amène à des spectacles tout à fait différents.
Pour Dasté, le fait de « singer l’adulte » n’est pas obligatoirement un signe d’intégration. Pour survivre, il faut composer.
Pourtant, l’enfant laisse apparaître des comportements reflétant sa révolte. Les adultes ne comprennent pas ou font semblant de ne pas voir. L’enfant se réfugie alors dans l’imaginaire. Il faut donc rendre cet imaginaire visible, donner l’envie et les moyens de communiquer les rêves les plus fous.
Les spectacles de « La Pomme Verte » commençaient là où s’arrête le travail des « Ateliers de la Colline ». Au-delà des pressions, au-delà du « montré », il existe en chaque être les possibilités de changement. Il faut pour cela mener deux luttes de front : la modification des conditions sociales mais aussi un travail pour offrir à chacun les possibilités de comprendre les langages employés autour de lui et laisser à tout le monde le droit de « dire », de ne plus auto-censurer son imaginaire.
La forme d’engagement des animateurs oriente le questionnement de l’enfant. Et souvent, les spectacles issus d’ateliers sont aussi et avant tout les spectacles des animateurs.
Les « Ateliers de la Colline » cherchent à aider une population à exprimer sa réalité quotidienne mais limite sa recherche à la « face visible ». De ce fait, le jeu reste, volontairement, réaliste. Les comédiens n’interprètent pas mais montrent.
Le découpage de la pièce en courtes séquences ne permet pas de construire un personnage dans toute sa complexité. Le fait de se servir de marionnettes pour jouer les enfants crée une distance supplémentaire et le rapport « acteur-marionnettes » souligne le rapport de force existant entre l’enfant et l’adulte. Le jeu reste illustratif par rapport au fond.
Quelques effets caricaturaux (comme par exemple une mère à six bras), les ruptures de jeu pour interpeler les spectateurs, rappellent l’agit-prop.
Dans la version proposée dans une salle de théâtre, cette forme de spectacle perd de son efficacité. La simplification du jeu et de la technique répond mieux aux besoins du spectacle de rue.
Ce genre de spectacle se limite à la critique sociale et ne porte pas en lui la critique des formes théâtrales employées.
Malgré ce « goût de trop peu », le spectacle des « Ateliers de la Colline » propose une possibilité de continuité dans un genre abordé, puis abandonné, par plusieurs troupes pour enfants.
La démarche mérite d’être approfondie… Alors, on attend, avec impatience, les prochaines productions de cette troupe.

