Petite Chose
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Petite Chose

Le 23 Avr 1982
Article publié pour le numéro
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Depuis plus de dix ans, le Théâtre de la Com­mu­nauté, troupe spé­cial­isée dans le théâtre-action pour adultes, ani­me des ate­liers pour enfants dans les milieux pop­u­laires de Seraing.

Sa sec­tion pour enfants, « Les Ate­liers de la Colline », recon­nue comme Cen­tre d’Ex­pres­sion par le défunt Min­istère de la Cul­ture, mène son action à l’intérieur d’ateliers fix­es répar­tis dans toute la com­mune.

D’autre part, grâce à un bus amé­nagé en ate­lier et en lieu théâ­tral, « Les Ate­liers de la Colline » peu­vent aller vers le pub­lic et le touch­er là où il se trou­ve.

De nom­breux spec­ta­cles réal­isés par les enfants et par les comé­di­ens-ani­ma­teurs ont voulu être les reflets des prob­lèmes soci­aux et rela­tion­nels vécus par les enfants. Petite Chose, née après trois ans de tra­vail, est le pre­mier spec­ta­cle des­tiné à un large pub­lic et doit servir de base à de nou­velles ani­ma­tions.

Petite Chose, c’est la vie de trois enfants, la vie quo­ti­di­enne de la nais­sance à l’adolescence. Douze années pen­dant lesquelles les adultes mod­è­lent les enfants à leur image. Les adultes sont, eux-même, mon­trés comme des vic­times. Manip­ulés, écrasés par le rythme de leur vie et par le poids des con­ve­nances, ils n’ont plus la force de réfléchir, de se bat­tre. Ils ne peu­vent que repro­duire dans les rap­ports famil­i­aux les rap­ports exis­tants dans la société. L’enfant lui-même n’échappera pas à ce sys­tème. Il exercera son autorité sur ses jou­ets ou sur son chien.

Le spec­ta­cle ne pro­pose pas de solu­tion mais essaie de dévelop­per l’esprit cri­tique des enfants. Employ­ant des tech­niques plus proches de l’agit-prop que de Brecht, en par­ti­c­uli­er dans la forme d’écriture, le spec­ta­cle se présente sous la forme de douze tableaux reprenant les élé­ments qui fer­ont de l’enfant un homme nor­mal­isé, banal­isé, enfer­mé par les valeurs de notre société.

Dès la nais­sance, les par­ents s’approprient l’enfant. Déjà la voie est toute tracée. Entre le ter­rain vague, les héros de la télévi­sion, la mère débor­dée de tra­vail, l’école surpe­u­plée, l’ennui, l’envie de plaire à l’adulte, « le petit d’homme » n’a pas les moyens d’imaginer d’autres rap­ports.

Les per­son­nages des enfants ne sont pas joués par des comé­di­ens mais mon­trés sous forme de mar­i­on­nettes « grandeur nature », manip­ulées à vue. Le rap­port de dépen­dance est, ain­si, encore souligné. Le décor, une grande caisse cubique, aux mul­ti­ples pos­si­bil­ités de trans­for­ma­tions, délim­ite un jeu de l’oie en vol­ume dans lequel se passe toute l’action. L’enfant coincé de toutes parts a très peu de chances de voir chang­er les choses.

La démarche des « Ate­liers de la Colline » peut être rap­prochée de la démarche faite par Cather­ine Dasté au « Théâtre de la Pomme Verte ».

Les ani­ma­tions dans des quartiers pop­u­laires de la ban­lieue parisi­enne l’amène à des spec­ta­cles tout à fait dif­férents.

Pour Dasté, le fait de « singer l’adulte » n’est pas oblig­a­toire­ment un signe d’intégration. Pour sur­vivre, il faut com­pos­er.

Pour­tant, l’enfant laisse appa­raître des com­porte­ments reflé­tant sa révolte. Les adultes ne com­pren­nent pas ou font sem­blant de ne pas voir. L’enfant se réfugie alors dans l’imaginaire. Il faut donc ren­dre cet imag­i­naire vis­i­ble, don­ner l’envie et les moyens de com­mu­ni­quer les rêves les plus fous.

Les spec­ta­cles de « La Pomme Verte » com­mençaient là où s’arrête le tra­vail des « Ate­liers de la Colline ». Au-delà des pres­sions, au-delà du « mon­tré », il existe en chaque être les pos­si­bil­ités de change­ment. Il faut pour cela men­er deux luttes de front : la mod­i­fi­ca­tion des con­di­tions sociales mais aus­si un tra­vail pour offrir à cha­cun les pos­si­bil­ités de com­pren­dre les lan­gages employés autour de lui et laiss­er à tout le monde le droit de « dire », de ne plus auto-cen­sur­er son imag­i­naire.

La forme d’engagement des ani­ma­teurs ori­ente le ques­tion­nement de l’enfant. Et sou­vent, les spec­ta­cles issus d’ateliers sont aus­si et avant tout les spec­ta­cles des ani­ma­teurs.

Les « Ate­liers de la Colline » cherchent à aider une pop­u­la­tion à exprimer sa réal­ité quo­ti­di­enne mais lim­ite sa recherche à la « face vis­i­ble ». De ce fait, le jeu reste, volon­taire­ment, réal­iste. Les comé­di­ens n’interprètent pas mais mon­trent.

Le découpage de la pièce en cour­tes séquences ne per­met pas de con­stru­ire un per­son­nage dans toute sa com­plex­ité. Le fait de se servir de mar­i­on­nettes pour jouer les enfants crée une dis­tance sup­plé­men­taire et le rap­port « acteur-mar­i­on­nettes » souligne le rap­port de force exis­tant entre l’enfant et l’adulte. Le jeu reste illus­tratif par rap­port au fond.

Quelques effets car­i­cat­u­raux (comme par exem­ple une mère à six bras), les rup­tures de jeu pour inter­pel­er les spec­ta­teurs, rap­pel­lent l’agit-prop.

Dans la ver­sion pro­posée dans une salle de théâtre, cette forme de spec­ta­cle perd de son effi­cac­ité. La sim­pli­fi­ca­tion du jeu et de la tech­nique répond mieux aux besoins du spec­ta­cle de rue.

Ce genre de spec­ta­cle se lim­ite à la cri­tique sociale et ne porte pas en lui la cri­tique des formes théâ­trales employées.

Mal­gré ce « goût de trop peu », le spec­ta­cle des « Ate­liers de la Colline » pro­pose une pos­si­bil­ité de con­ti­nu­ité dans un genre abor­dé, puis aban­don­né, par plusieurs troupes pour enfants.

La démarche mérite d’être appro­fondie… Alors, on attend, avec impa­tience, les prochaines pro­duc­tions de cette troupe.

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