Un Brésil autre que celui des cartes postales
Entretien
Théâtre

Un Brésil autre que celui des cartes postales

Entretien avec Benoît Bradel, directeur de Passages Transfestival, et José-Manuel Gonçalvès, directeur du centquatre-paris

Le 26 Juil 2021
Isabel Teixeira et Stella Rabello dans What if They Went to Moscow?, Christiane Jatahy, Rio de Janeiro : Espaço SESC, 2014. Photo : Marcelo Lipiani.
Isabel Teixeira et Stella Rabello dans What if They Went to Moscow?, Christiane Jatahy, Rio de Janeiro : Espaço SESC, 2014. Photo : Marcelo Lipiani.

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Isabel Teixeira et Stella Rabello dans What if They Went to Moscow?, Christiane Jatahy, Rio de Janeiro : Espaço SESC, 2014. Photo : Marcelo Lipiani.
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Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 143 - Scènes du Brésil
143

Quelles sont les orig­ines de votre intérêt pour le Brésil et ses scènes ?

BB J’écoute de la musique brésili­enne depuis mon ado­les­cence ; j’ai tou­jours été bercé par cette musique et cette langue, et j’ai assez vite sen­ti que, dans ses croise­ments entre cul­tures africaine, amérin­di­enne et européenne, il y avait au Brésil un cœur bat­tant qui avait beau­coup de sens, tout comme dans son his­toire de nom­breux élé­ments per­me­t­tent de com­pren­dre le monde dans lequel on vit. Ensuite, pro­gres­sive­ment, des ren­con­tres plus pré­cis­es avec cer­tains artistes, cer­tains films, cer­tains livres, ont con­fir­mé cette appé­tence – les spec­ta­cles sont venus après, ceux de Lia Rodrigues notam­ment.

J‑MG On a tous fait un peu le même par­cours ini­ti­a­tique ; ce qui a amené le Brésil sur le con­ti­nent européen, c’est vrai­ment la musique. Pour moi, il y a égale­ment mes orig­ines : je suis issu d’une famille por­tu­gaise, mais qui n’a rien fait pour que j’apprenne la langue. C’est le film Orfeu negro (1959), qui m’a fasciné ado­les­cent, qui m’a ouvert un hori­zon. C’était aus­si l’époque où je com­mençais à com­pren­dre la langue brésili­enne, car je jouais de la musique avec des groupes brésiliens. Quelqu’un, aus­si, a été extrême­ment déter­mi­nant : Rémi Kol­pa Kopoul (dit RKK), qui a fait décou­vrir en France la scène musi­cale brésili­enne ; c’est par le biais de ses chroniques dans Libéra­tion que je m’y suis pas­sion­né­ment plongé.

Ces empreintes pre­mières, musi­cales et filmiques, les avez-vous retrou­vées dans les formes scéniques brésili­ennes que vous pro­gram­mez – le CENTQUATRE comme Pas­sages Trans­fes­ti­val étant résol­u­ment trans­dis­ci­plinaires ?

BB Je pense que ma plongée dans les musiques brésili­ennes – dans toute leur diver­sité – a aus­si nour­ri mon goût pour une telle diver­sité dans les spec­ta­cles. Fúria, de Lia Rodrigues, me sem­ble assez emblé­ma­tique de ça : c’est une choré­gra­phie qui est aus­si du théâtre, de la musique, une sorte de transe incroy­able qui porte com­plète­ment les corps, et ça s’achève avec de la parole. Il me sem­ble que dans beau­coup d’œuvres brésili­ennes, on ne se pose pas la ques­tion des gen­res comme en Europe. Les Brésiliens ont en eux des mil­liers de chan­sons qu’ils con­nais­sent par cœur, des mil­liers de mou­ve­ments de danse, et il y a quelque chose d’intimement naturel dans le fait de ne pas sépar­er les dis­ci­plines.

José-Manuel, quels ont été les pre­miers spec­ta­cles brésiliens que vous avez pro­gram­més ?

J‑MG J’ai pro­gram­mé beau­coup de con­certs dans les années 1980 – 90. Pour ce qui est du théâtre, je pense que c’est lorsque je suis arrivé à la Ferme du Buis­son, alors devenu un pro­gram­ma­teur iden­ti­fié et recon­nu, que j’ai com­mencé à sil­lon­ner la scène brésili­enne. Je n’ai d’ailleurs rien pro­gram­mé pen­dant des années, car j’ai tou­jours pen­sé qu’il ne fal­lait pas pro­gram­mer des artistes étrangers par exo­tisme ou pour « faire son malin », mais se deman­der ce que les inviter pou­vait faire à la scène française – j’ai par exem­ple atten­du plusieurs années après avoir vu son tra­vail avant d’inviter Chris­tiane Jatahy au CENTQUATRE. C’est donc il y a une ving­taine d’années que j’ai com­mencé à faire venir Enrique Diaz et Lia Rodrigues, que j’avais l’un et l’autre ren­con­trés bien avant. Je me suis dit que c’était le moment, qu’il y avait une scène impor­tante – j’aurais aus­si aimé, par exem­ple, faire venir le Teatro da Ver­tigem, mais un spec­ta­cle-par­cours et in situ comme l’extraordinaire BR‑31 que j’avais vu dans la baie de Gua­n­abara était impos­si­ble à faire venir et trans­pos­er en France. Il ne faut pas nier non plus le lien sen­ti­men­tal très fort que j’ai avec ce pays et ces œuvres : à un moment, une intu­ition faite d’éléments très con­crets et de quelque chose d’incompréhensible font que vous passez à l’acte. Mais il y avait alors une con­ver­gence : énor­mé­ment de choré­graphes très pro­duc­tifs, une scène d’arts visuels très impor­tante.

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et Christophe Triau
Essay­iste, dra­maturge et est pro­fesseur en études théâ­trales à l’Université Paris Nan­terre, où il dirige l’équipe Théâtre de...Plus d'info
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#143
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