Sur les murs de la Cour du palais des Papes les spectacles ont laissé leurs empreintes, elle n’est pas restée indemne. Certes, la Cour a servi d’assise première au Festival, mais grâce aux fiançailles entre l’éternel et le passager elle a fini par devenir unique. C’est le théâtre qui l’a érigée en lieu de mémoire exemplaire au point d’en faire, à côté d’Epidaure, Bayreuth, la Cartoucherie ou les Bouffes du Nord, un repère de choix pour la mythologie de la scène européenne. La Cour est, pour reprendre une formule réputée, un des « points-capiton » de cette structure élaborée tout au long du siècle écoulé.
Alfredo Arias et Roberto Plate pour leur TEMPÊTE ont imaginé la solution poétique d’un redoublement de cet espace mythique, comme si Prospéra, chassé du duché de Milan, avait reconstitué sur l’île de son exil le territoire qu’il avait perdu. Le magicien n’invente pas un nouvel espace, mais refait le premier, l’espace originaire. Espace qu’il porte avec soi, de même que tour spectateur d’Avignon reste à jamais inséparable de la Cour. Une fois le Festival fini, nous sommes tous des Prospéra en attente de retour à la Cour dont la nostalgie nous habite. Et, souvent, nous la reconstruisons mentalement.
Cette TEMPÊTE a été pensée comme une « installation » qui troublait dans la mesure où elle jouait de l’ambiguïté absolue : le vrai et le faux palais se confondaient au point que certains guides déroutés par cette scénographie en trompe‑l’oeil développaient tout un discours sur la splendeur des ruines. Ils ne distinguaient plus entre le palais des Papes et l’autre, éphémère, de Prospéra. Incertitude que le théâtre instaura pour parler des rêves et de la magie. Mais, en réalité, n’est-ce pas la radiographie de notre univers de spectateur que cette TEMPÊTE proposait ? Sur le mur du palais, nous superposons son souvenir qui n’est que son double brisé. Nous sommes, à notre tour, des doubles inaccomplis de ce maître de songes qu’est Prospéra. C’est ce à quoi le spectacle d’Arias et Plate nous invitait à réfléchir … Tant que nous penserons à Avignon nous ne cesserons pas d’imaginer des réponses.
La Carrière Boulbon, d’entrée, et cela, sans doute, grâce au MAHABHARATA, se constitua en l’autre centre du Festival qui ainsi…



