Jean Jourdheuil et Jean-François Peyret, séparément ou ensemble, ont imposé Heiner Müller sur la scène française. Et cette relation privilégiée avec son écriture connut son accomplissement grâce à une mémorable nuit au cloître des Carmes où l’univers de l’ écrivain se présenta dans tout son désarroi lucide. L’errance et la destruction étaient les motifs récurrents de cette expédition menée par les deux guides aussi ironiques que sceptiques. Ils entendaient faire le constat tragique sans en adopter la posture. LE CAS MÜLLER ou la confrontation avec une Histoire à la dérive ! Si le dramaturge, mieux que quiconque, a su rattacher l’Histoire aux mythes, le spectacle de Jourdheuil-Peyret adoptait le vocabulaire épars et fragmentaire d’une défaite gui se conjugue au présent. Nuit des espoirs échoués, nuit d’un théâtre gui se dérobe afin, justement, de ne plus entretenir d’illégitimes illusions.
LE CAS MÜLLER a mis un terme à la collaboration de Jourdheuil et Peyret : impossible de continuer après une telle épreuve. Elle vous voue à la solitude.
Le cancer de Müller se déclara peu de temps ensuite. Il l’a combattu, mais il ne lui a pas survécu.
LE CAS MÜLLER a été un point terminal.
Dans un décor de pierre, sans mots, grâce aux déplacements silencieux et à une terrible, obstinée fixation sur image, Bruno…



