Romeo Castellucci, GIULIO CESARE, 1998
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Romeo Castellucci, GIULIO CESARE, 1998

Le 1 Juil 2003
Article publié pour le numéro
Festival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives ThéâtralesFestival d'Avignon 1980-2003-Couverture du Numéro 78-79 d'Alternatives Théâtrales
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Aubanel chez la Socié­tas. JULES CESAR. Tragédie du pou­voir et pou­voir de la tragédie — qui reste notre cri essen­tiel, faible mais vital. César, toi qui vas mourir, nous allons tous t’honorer selon nos rites, encore une dernière fois, toi bour­reau hier, et vic­time ( pas même expi­a­toire) des tyrans de demain. Avec ta mort, c’est tout le théâtre qui som­bre, cal­ciné.
Pour quelle rédemp­tion ?

Bruno Tack­els.

Au fes­ti­val d’Avignon, pour ses 25 dernières années d’activité

Fes­ti­val,

Je suis venu chez toi avec qua­tre représen­ta­tions théâ­trales. Avec des hommes, des femmes, des enfants, des ani­maux et des camions d’objets. J’ai vécu un moment dans ton vil­lage. J’y ai occupé trois maisons et un hôtel. Et chaque fois, j’y ai vu la mul­ti­tude des gens. Quelle chose étrange que cette mul­ti­tude. Que fai­sait-elle là, à chaque nou­veau ren­dez-vous ?
Tous en rang, assis devant une image (lorsqu’il y en avait une). Que voulaient-ils tous ? Manger ?

Mes­sage numéro un : GIULIO CESARE
Mes­sage numéro deux : VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT
Mes­sage numéro trois : GENESI, FROM THE MUSEUM OF SLEEP
Mes­sage numéro qua­tre : TRAGEDIAE NDOGONIDIA A.# 02 ‑AVIGNON — IIe EPISODIO

GIULIO CESARE de Romeo Castelluci d'après Shakespeare, mise en scène de Romeo Castelluci, avec Maurizio Carra, photo festival d'Avignon.
GIULIO CESARE de Romeo Castel­lu­ci d’après Shake­speare, mise en scène de Romeo Castel­lu­ci, avec Mau­r­izio Car­ra, pho­to fes­ti­val d’Av­i­gnon.

Fes­ti­val, toi et moi, me sem­ble-t-il, avons fait oeu­vre d’expansion. Pour d’aucuns, le résul­tat aura peut-être été odieux ou raté. Mais le sale boulot, il faut bien que quelqu’un le fasse. Pur dans l’impureté et impur dans la pureté, c’est — si je ne m’abuse — ce que je t’ai dit.

D’une cer­taine manière, je t’ai pro­posé sur des reg­istres divers une forme de vision qui englobe tout. Et toi, tu as tout accep­té. Tu as accep­té que quelqu’un détourne, pour toi, la pléni­tude nom­i­nale, et par­tant récon­for­t­ante, de la tra­di­tion.

Tu as accep­té que quelqu’un, lui-même en posi­tion indé­ni­able de cor­rup­tion, par­le de pureté. J’ai voulu, me sem­ble-t-il et si tu en con­viens, tuer la langue mater­nelle. Et Dieu seul sait avec quelle déter­mi­na­tion je m’y suis appliqué.

Et encore, jusqu’à rouler dans la pous­sière la radi­ance du « je par­le ». Tu as bu mon métal. Tu as écouté ma ligne de feu. Tu t’es lais­sé piétin­er par les sabots de mon bouc. Tu t’es lais­sé hum­i­li­er par un con­nard quel­conque (en l’occurrence, moi) qui a mis en scène la scène du désas­tre, occa­sion unique pour sor­tir et se mon­tr­er à décou­vert.
Toi, tu pro­tégeais mes arrières alors que moi, qui ne suis per­son­ne, j’essayais d’assembler une forme de cen­dre com­pressée. Quelqu’un qui aurait assisté à la scène aurait trou­vé tout cela telle­ment mer­veilleux, telle­ment grotesque.
Au fond, c’est cela, tout sim­ple­ment, ce que nous avons essayé de faire. Nous avons com­pris que si nous voulons être sincères, ne serait-ce qu’un peu, tout ce que nous pou­vons faire c’est dire la puis­sance du « non dire » et faire du théâtre un lieu de « seuil » et finale­ment de fuite. Nous (mais peut-être est-il préférable que je par­le en mon nom, si tu le veux bien), ce qui nous intéresse c’est un théâtre qui ne s’occupe pas du réel et qui n’interprète pas à l’infini les signes du monde comme un sémi­o­logue en vacances de Pâques.

Ce qui nous intéresse nous (c’est-à-dire moi), c’est d’ouvrir une fis­sure dans le réel et don­ner l’accès à un autre monde : celui de la con­cep­tion.
Des mon­des et des savoirs dif­férents se con­juguent et s’allient selon des logiques internes et étab­lis­sent des règles par des voies endocrines pro­pres. Con­cevoir, c’est « accueil­lir ». Le ven­tre de la con­cep­tion devient ain­si un lieu d’incubation et d’ouverture.
C’est pourquoi je te le dis, tout de go et avec un cer­tain toupet, je crois t’avoir libéré, ne serait-ce qu’un peu, du signe qui ne mar­que pas.

Je te salue Fes­ti­val.

Romeo Castel­luc­ci, mai 2003.

Traduit par Rai­mon­do Fil­ip­pi.

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et Bruno Tackels
Bruno Tack­els est essay­iste et dra­maturge. Il est pro­duc­teur d’émissions théâ­trales à France-cul­ture, et rédac­teur pour la revue...Plus d'info
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Festival d’Avignon 1980 — 2003

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