K‑Knock-out
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K‑Knock-out

Le 19 Avr 2011
Marie-Ange Dutheil, Valérie Bauchau, Anne Chappuis, Nade Dieu et Janine Godinas dans J’ÉTAIS DANS MA MAISON ET J‘ATTENDAIS QUE LA PLUIE VIENNE de Jean-Luc Lagarce, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre de !’Ancre de Charleroi, 1998. Photo Véronique Vercheva!.
Marie-Ange Dutheil, Valérie Bauchau, Anne Chappuis, Nade Dieu et Janine Godinas dans J’ÉTAIS DANS MA MAISON ET J‘ATTENDAIS QUE LA PLUIE VIENNE de Jean-Luc Lagarce, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre de !’Ancre de Charleroi, 1998. Photo Véronique Vercheva!.
Marie-Ange Dutheil, Valérie Bauchau, Anne Chappuis, Nade Dieu et Janine Godinas dans J’ÉTAIS DANS MA MAISON ET J‘ATTENDAIS QUE LA PLUIE VIENNE de Jean-Luc Lagarce, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre de !’Ancre de Charleroi, 1998. Photo Véronique Vercheva!.
Marie-Ange Dutheil, Valérie Bauchau, Anne Chappuis, Nade Dieu et Janine Godinas dans J’ÉTAIS DANS MA MAISON ET J‘ATTENDAIS QUE LA PLUIE VIENNE de Jean-Luc Lagarce, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Théâtre de !’Ancre de Charleroi, 1998. Photo Véronique Vercheva!.
Article publié pour le numéro
Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
108
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Il se pour­rait que dans l’abécédaire de Philippe Sireuil, cet angli­cisme et son inter­pré­ta­tion fassent fig­ure de provo­ca­tion voire de coquet­terie. À mes yeux il n’en est rien.
Tous les arti­sans d’un spec­ta­cle con­duit par Philippe partageront, sans le moin­dre doute, mes sou­venirs de répéti­tion et par­fois de représen­ta­tion.
Emprun­tée au « noble art » cette expres­sion pour dire « hors jeu », « hors maîtrise », « hors con­cur­rence » est un état, plus qu’un con­stat. C’est ce moment à la fois mag­ique et ter­ri­ble, douloureux et jubi­la­toire, frag­ile et révéla­teur, qui con­duit à l’abandon … de soi-même et même d’une cer­taine lucid­ité de « nos » actes théâ­traux.
Philippe Sireuil adore cet espace d’une con­science réduite, la sienne et celle de ceux avec qui il tra­vaille sur le plateau. La fatigue comme une dimen­sion de l’expérimentation. L’épuisement comme un ultime espace d’audace. La sat­u­ra­tion comme une prospec­tion dés­espérée pour fouiller les derniers recoins de nos résis­tances.
Je le revois, après des heures de répéti­tion, assis sur sa chaise (il n’a plus telle­ment l’énergie de se lever) lancer des remar­ques, des indi­ca­tions, des dis­cours de plus en plus com­plex­es à ses comé­di­ens épuisés, sat­urés, frag­ilisés et peu enclins à pour­suiv­re. Il le sait, il force le pas­sage, il pro­longe délibéré­ment l’explication, il joue des nom­breuses repris­es qu’il exige. Peu importe, selon lui, ce qui en restera. Les strates de notre sub­con­scient en garderont une mémoire instinc­tive, dif­fi­cile à jauger et cer­taine­ment pas quan­tifi­able.
Un comé­di­en knock-out debout dans la défi­ance de son art est cer­taine­ment plus « juste », plus « fort », plus « con­va­in­cant » quand il ne maîtrise pas l’ensemble de son tal­ent, de son intel­li­gence, de son tra­vail forcené.
Je « déteste » Philippe Sireuil dans ces moments d’une cru­auté rare !
Mais, je recon­nais hum­ble­ment et hon­nête­ment, que cet état sec­ond m’a fait com­pren­dre et jouer et con­stru­ire des propo­si­tions qu’il eut été dif­fi­cile d’inventer dans la con­science par­faite de mes fan­tas­magories et pro­jec­tions per­son­nelles.
Enfin, en fin psy­cho­logue de la rela­tion « plateau-pub­lic », il aime par­ti­c­ulière­ment agress­er les spec­ta­teurs là où cela dérange. Dans une cer­taine mesure, celle du respect à coup sûr ! Mais je sais aus­si que les knock-out qu’il « inflige » à ses adeptes font par­tie inté­grante de sa générosité, de son orig­i­nal­ité et de sa ten­dresse pour l’art de devenir un peu plus con­scient de son human­ité … pro­vi­soire.

Philippe Morand

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Écrit par Philippe Morand
Philippe Morand est acteur et met­teur en scène. Il dirige le Théâtre Le Poche de Genève où il...Plus d'info
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