Le terme est vieilli, hors d’usage dans la langue française d’aujourd’hui, il désigne un tzigane, un bohémien. On le trouve chez Hugo ou encore chez Lamartine : « Quelques tentes noires de zingari étaient dressées ; des hommes, des enfants, des femmes ( … ) étaient accroupis autour d’un feu et se peignaient les cheveux. » Homme du voyage, et par extension, saltimbanque, paillasse, ou forain.
J’aime cette idée, que ces mots soient quasi hors d’usage, archaïques, qu’ils contiennent en eux l’étendue à découvrir, la poésie roublarde, les risques à prendre, le rire entre les larmes, les valises, les allers et les retours, mais aussi l’âpreté de la tâche, l’expérimentation, l’exercice quotidien, le savoir et sa transmission, le travail comme condition sine qua non de son résultat : le merveilleux et la magie. Je ne peux me départir de ce sentiment que notre art fricote mieux avec les temps d’hier qu’avec ceux d’aujourd’hui, ces temps pas si lointains après tout où1 (les années cinquante) Jean-Louis Barrault, trouvant qu’avec L’ÉCHANGE de Claudel, la soirée théâtrale proposée au spectateur ne serait pas assez fournie, proposait au Théâtre Marigny, une autre pièce courte, ON NE BADINE PAS AVEC L‘AMOUR ; où (les années soixante) un peu plus tard, Jean Vilar, homme et artiste citoyen respectueux du bien public, pouvait écrire qu’un théâtre bien géré est forcément un théâtre en déficit ; où ( les années septante) la failli te du Théâtre de Sartrouville poussait Patrice Chéreau à l’exil en Italie où il intégrera le Piccolo Teatro de Milan ; où (les années quatre-vingt) plus près de nous encore, Antoine Vitez mettait en scène quatre Molière d’un coup, et Jo Lavaudant LES CÉPHÉIDES de Jean-Christophe Bailly dans la cour d’honneur du Festival d’Avignon ; la liste est loin, très loin d’être exhaustive …
Sans doute, y a‑t-il dans ces mots, quelque trace de nostalgie ; mensongère comme toute nostalgie. Tout n’était pas mieux avant, bien entendu, et moi-même je n’ai pas connu cet avant, exception faite de la dernière décennie citée. L’audace, l’inventivité et l’accomplissement, dont ont fait preuve nos aînés, on les retrouve aujourd’hui et ces qualités irrigueront ceux gui nous suivront, mais quelque chose n’est plus, gui ne tient pas qu’au théâtre et aux multiples façons de l’inventer, de le bousculer, de l’essorer, de le magnifier, en un mot de le pratiquer, quelque chose n’est plus car l’ambition collective n’est plus, et nos chemins sont désormais plus solitaires.
Zingaro si, Zingaro la.
Philippe Sireuil
- Je me limite à la France. ↩︎



