
Bruxelles 8 mai 1980, 23 heures
Je sors du Strindberg.
C’est l’un des plus beaux spectacles que j’aie vus de ma vie.
Je suis sous le coup, je n’ai pas de mots.
C’est une douleur qui est entrée dans chaque parcelle de mon corps.
Je vous embrasse tous.
Michel Gheude
Gustave tue
la peinture d’Adolphe.
Dans ses livres
Tekla fait de ses maris
des idiots.
Adolphe détruit
le manuscrit de Tekla.
Tout ici
est travail d’aphasie.
C’est à qui privera
l’autre de son langage.
Jusqu’à ce « pas de mots »
que j’ai signé.
Le redire en disant pas moins. Mais pas davantage. Déplier cette émotion sans la dissiper ; la livrer sans la délivrer ; la raconter mais à peine ; l’écrire mais la retenir, l’êcrire pour la retenir : deuil d’amours déchirées.
Les oreillers mordus
la nuit de solitude,
le dégoût
d’étreindre une femme
sacrifiée
à un amour perdu,
l’abîme juste entr’ouvert
d’un amour
qui n’a pas eu lieu,
la déchirure
d’une jalousie contenue,
la violence ralentie
du regret,
la dérive des lettres,
des messages chiffrés
des cassettes
voilà le labyrinthe.
Il n’a ni dehors,
ni dedans.
Son dedans
serait chaud et moite,
irrespirable,
douleur des poumons.
Son dehors
serait le chagrin,
petite pluie froide
et douce
comme une caresse,
si caractéristique
de la ville
où j’ai grandi.

