Un radeis (tadis) est un petit légume-tubercule, rondelet et fier (rouge, ou rouge et blanc!).
Enraciné légèrement mais enraciné quand même. Moins qu’une carotte mais plus qu’une simple mauvaise herbe.
Le radis suggère une connotation de pauvreté (Ne plus en avoir un … ) C’est une nourriture du peuple (un navet en petit), amère comme le travail, mais tonique : à croquer avec du gros sel, sur une couche de fromage blanc (platte keis dirait Radeis, plus sensible à·la consistance qu’à la couleur) avec de (petits) oignons, le tout sur tranche de pain bis.
Et donc le Radeis orchestre à partir du peu, une petite fête gastronomique populaire que viendra couronner, — ô ivresse sweet and sour — une gueuze ou une kriek.

Radeis, quel beau nom pour théâtre, et quelle leçon choses à tous ceux qui pompeusement troupes, non pas de légumiers et (comme le corps) d’abstraction, de septs, de jeux de mots
Je laisse donc les bottes de Nevers aux héros, et celles de sept lieues aux ogres, pour ne cueillir que celles des radis : pour théâtreux qui veulent un théâtre de signes pleins.
Radeis : quelque chose de frais, aussi, venu du marché, du marcher-dans-la-rue, là où l’on rencontre des objets et des gens. A consommer tout de suite.
Le chef‑d’oeuvre, c’est ce qui est irrésistible dans l’instant. De quoi parle Radeis ? Radeis ne parle pas. Après s’être baptisé Radeis, il laisse le discours aux critiques, lesquels dégoisent à la radio, lors d’un petit déjeuner sur scène, une avalanche de salades. Mais Radeis, à la limite, n’écoute pas. Il montre. Il est muet comme les choses qui parlent par leur volume, leur couleur, leur saveur. Radeis a la force d’être là. Ce qui est la force première du théâtre.

Parlez, parlez, pauvres êtres du discours, Radeis n’est pas verbe, mais chose, geste, c’est-à-dire acte. Les actes ici sont à prendre comme opérationnels.
Ainsi, Radeis n’accède pas, sur scène, à l’intelligence réflexive (ouf!) mais se maintient sur le plan de la stupeur. Et il y a du monstre dans monstration. C’est vrai qu’ils sont quelque peu effrayants ~ force d’être lucidement stupides, présents et mats.

La littérature épistolaire subit le même sort (silence) que la parole : les sacs postaux qui faisaient le décor du début du voyage en Angleterre deviennent, sous la bâche jaune qui les couvre, des dunes.
Enterrées les lettres … la seule qui s’échappera de l’ensevelissement s’envole, portée par un ballon. Hasard et lévitation, le contraire d’un message orienté.

Les mecs de Radeis
Ils sont quatre : un gros, un grand mince assez beau, un petit maigre complètement taré et un autre. Un seul est comédien professionnel (c’est l’autre). Les autres : ingénieur, céramiste, etc …
La synthèse du professionnalisme et des amateurs, celle dont le théâtre ne devrait jamais se départir est ici atteinte dans le sens de la rigueur. Ils travaillent en groupe. Un an pour un spectacle. Chacun amène ses trouvailles. On glane des objets, on observe. Apparemment, au vu du travail fini, il n’y aurait pas un leader qui définirait un scénario mais plutôt une imbrication de sketches venus du tempérament d’un chacun. Cela fonctionne comme un orchestre dixieland. La clarinette apporte son citron. Le cornet son piment. La batterie ses peanuts. Le banjo ses rondelles d’oignon. Je suis sûr qu’ils aiment le Dixieland et les fanfares de village. Leur première pièce était un hommage au village des Flandres, aux petits murs, aux portes colorées, aux jardins, aux ruelles.
Pas envie de le leur demander. Pas envie d’interviewer…
Ni envie de connaître leurs noms. Rien envie de savoir.
Radeis x 4 = Radeissss. Fin des signatures et individualités nécessaires ;
les atomes du Radeis agglomèrent un groupuscule d’un anonymat primitif.

Pourquoi Radeis n’est pas subventionné ?
Non (bien que les Ministères de la Culture encouragent un peu tout le monde), Radeis n’a pas reçu un franc de subsides depuis le début de son activité. Est-ce que
Alternatives théâtrales aurait l’amabilité de bien vouloir envoyer ce numéro à qui de droit de l’autre côté de la frontière… j’aimerais savoir).




