Le spectacle, c’est hier selon aujourd’hui ; et la délicate mise en place de ce : selon. De même, Emma ici, surtout se remémore. Or se remémore-t-on sans écrire ? Ecrit-on sans se remémorer ? Finalement, le spectacle doit pivoter sur lui-même. Il ne se réfère plus au roman puisqu’il l’a entré en lui, même à l’état de fragments. Nos points de vue aussi ne se sépârent plus du spectacfe : ils forment son point de vue. Pour ce faire, ils se sont compénétrés : les textes de moi qui figurent, par exemple, ont été choisis par le metteur en scène, parmi de multiples et au vu du travail d’acteurs. A l’inverse, j’ai diversement pesé sur leurs pratiques.
Notre rapport d’écritures qui est d’échanges et modifications, impersonnalise le résultat. N’est-ce pas là, sans que nous ne nous soyons jamais sentis à son service, la leçon même de Flaubert ?
Aujourd’hui on improvise. Et demain, et après demain. Et tous les jours ou presque de ce mois de juillet, d’août, de septembre, avant la mort d’Emma.
Emma mourra en novembre, le jour de la première, le jour où elle sera livrée aux yeux des spectateurs, à leur curiosité, à leur envie de spectacle, le jour où elle sera devenue spectacle à travers nos corps d’actrices.
Mais avant cela, Emma nous appartient. Elle est à nous, privée, intime, celle que nous inventons jour après jour, éloignée du roman, proche de nous, fictive et réelle, une et multiple, créature de Flaubert et notre créature, apprivoisée dans nos corps, « improvisée ».
Qu’est-ce que c’est au juste, improviser ? Est-ce quelque chose que l’on peut expliquer avec des mots ? Un processus que l’on veut théoriser, analyser, démonter ? Y aurait-il une et seulement une façon d’improviser ? Ou plusieurs ? Je ne sais pas. Je n’ai pas de réponse. Pourtant le spectacle s’est construit sur les improvisations des acteurs. Il n’y avait pas au départ des rôles à tenir, des personnages avec une psychologie précise à faire vivre. Au départ il y avait nous quatre, notre entente, nos différences, notre confiance dans le cinquième, celui qui est à l’extérieur, celui qui regarde. Alors, faute de pouvoir expliquer comment ça se passe, je me souviens au hasard de quelques moments de répétitions, d’« improvisations ». Je me souviens de choses dites, de choses faites, de choses pensées, avant, pendant, après, le long de ces jours-là où sont nés des gestes, des rapports et même des mots, qui créeraient bien plus tard le corps du spectacle.
Un enfant apparaît à la
fenêtre dans la maison en
face du théâtre. C’est
presque un bébé. Il s’appuie
contre la vitre, debout sur
ses petites jambes arquées.
Janine dit : « Ils sont fous de

