Il y a au TNS une politique de l’écriture théâtrale : une poétique qui se constitue diversement (il n’y a pas un metteur en scène maison, mais au cours des quatre années écoulées, cinq, sans compter les productions de l’école) par la dialectique des différents spectacles. Au delà de l’expérience du Théâtre de l’Espérance — compagnie Vincent-Jourdheuil -, le collectif artistique du TNS (comédiens et dramaturges) a cherché, et trouvé, « la fusion possible entre deux termes que l’idéologie courante sépare à plaisir : la recherche active de la modernité et la fréquentation d’un large public ».
Ecrire, jouer pour aujourd’hui : une volonté obstinée, rigoureuse, de faire oeuvre de culture, en profondeur, sans concession, et en gagnant un large public par l’instauration de nouveaux rapports, actifs, exigeants, surtout pas sécurisants. Donc, une écriture théâtrale moderne : c’est la fonction de la dramaturgie.
A l’allemande : il s’agit de fonder philosophiquement notre rapport à nous, gens de théâtre d’aujourd’hui et d’ici avec une oeuvre venue d’ailleurs — passée, ou étrangère, mais où s’arrête l’étrangeté ? — de façon que le metteur en scène puisse lui donner corps, avec les comédiens.
A la française : le dramaturge, c’est celui qui écrit le poème dramatique. Dès son arrivée au TNS Jean-Pierre Vincent a inclus dans l’équipe de dramaturgie (Dominique Muller, Sylvie Muller, André Engel, Bernard Chartreux, Michel Deutsch) des auteurs (Deutsch et Chartreux), à qui ce statut était publiquement conféré par leur passage à Théâtre Ouvert, animé par Lucien Attoun, et la publication de leurs pièces (chez Stock, dans la collection dirigée par le même Lucien Attoun). Reste la diversité des pratiques : plusieurs voies de recherche et une même question, celle de l’écriture théâtrale. Qui est auteur (étymologiquement, responsable)? Qui a les maîtres-mots ?
Oublier le théâtre
Ici il faut parler de l’expérience particulière, à l’intérieur même du TNS, menée par André Engel, Bernard Pautrat, Nicki Rieti. En 1976, ils inauguraient, avec Baal, de Brecht, la recherche d’une écriture théâtrale totale, hors les murs du théâtre, prenant en compte bien sûr le texte de Brecht, à la lettre, dans sa poétique du voyage et du plein air — et de l’inquiétante étrangeté ; le jeu, aussi, littéralement : jeu des acteurs, et grand jeu des spectateurs invités au voyage. Mais surtout le lieu : c’est lui qui permet un décapage radical du double jeu, comédiens-spectateurs.
Le haras municipal de Strasbourg, rendu hyperthéâtral par l’écriture dans laquelle il était pris, renvoie a contrario aux habitudes qui font oublier au spectateur la matière du bâtiment-théâtre, son histoire, ses circulations, sa suée propre. Au théâtre, c’est la règle du jeu d’oublier le théâtre ; hors théâtre, on est renvoyé avec acuité à ce que c’est qu’être spectateur. Ne serait-ce que par la qualité d’imaginaire que le lieu réel et déplacé donne à ce qui reste un spectacle. Baal jouait, dehors, sur la distance, dedans (dans les écuries transformées en quai d’embarquement — même pavé humide, et quelques éléments de passerelles, immédiatement contaminés par la matière sensible du lieu), sur la proximité dangereuse (dans l’imaginaire) entre acteurs et spectateurs. Les poutres blanches du manège, intérieur-extérieur (des fenêtres donnent sur une cour plafonnée) étrange, jouent autrement la pourriture dont parle le texte de Brecht, sans créer jamais une illusion, un décor symbolique.
Ce qui amène les comédiens à être réellement acteurs — faire des choses vraies avec des choses vraies, et ce qui mobilise littéralement le corps du spectateur, les cinq sens en mouvement, emmené de sa place. L’écriture de Baal, c’était autant cette envie de jouer autour du texte, avec lui, que de jouer totalement le texte.
Le texte poétique à l’état de résidu
Dans le prolongement de Baal, Week-end à Yaick réalisé en 1977 par la même équipe, arrive à un traitement opposé du texte dramatique : de l’envie de montrer Pougatchev, d’Essenine, on arrive très vite à l’envie de montrer l’impossibilité de montrer, ici, aujourd’hui, Pougatchev, d’Essenine. De l’épopée populaire, on ne peut avoir qu’un résidu, anecdote nasillée dans les micros d’un autocar de voyage organisé, dramatique floue montrée sur quatre téléviseurs simultanément pour des petits groupes d’acteurs et de spectateurs, isolés doublement - par la fragmentation des lieux et par la fiction de la langue russe.
La question n’est plus comment raconter Pougatchev, ni même comment raconter Essenine racontant Pougatchev, dans les premières années de la révolution soviétique encore que leur présence en dessous soit décisive, mais quelles conditions de vie-donc quelles conditions politiques — créent un tel bruit dans la communication que le texte poétique ne soit plus qu’à l’état de résidu. D’où l’écriture d’un trajet en autocar (Vacances 2000 ou lntourist) à travers les banlieues réelles de Strasbourg devenues support au travail imaginaire effectué aux entrepôts Grainer en présence du village de Yaîck, artificiel, banal, avec ses moquettes acryliques marron, recomposition hyperréaliste de notre réel, agent de trouble. Opération inverse de celle pratiquée sur le texte de Baal, donc ? C’est-à-dire la même, prolongée par le Kafka théâtre complet (l’Hôtel moderne joué dans une annexe de la mairie, provisoirement sans emploi) et Ils allaient obscurs dans la nuit solitaire (Godot déconstruit, dans les restes de Yaick, ni plus ni moins transformés qu’un quartier de banlieue durant le même temps).
Une écriture théâtrale moderne …
L’autonomie du travail Engel-Pautrat-Rieti — expérience unique à laquelle seul le TNS a pu donner sa chance — se développe dans une cohérence du travail du TNS, l’élaboration systématique d’une écriture théâtrale moderne. Germinal, projet sur un roman, élaboré collectivement et adapté par Michel Deutsch, posait de façon exemplaire la question du texte dramatique (aaaptation, citations de passages intacts du roman, creux et silences cohabitant) et de l’écriture théâtrale, par le jeu (chemins de papier des femmes lavant le plateau, installation des tables au cabaret de la ducasse) devenu plutôt présence d’acteurs en train d’accomplir une tâche, en marge de la situation elle même ; par le lieu aussi : d’une part le plateau mis à nu, traité dans sa matière réelle, d’autre part des éléments de décor non fonctionnels, mais fonctionnant dans une ouverture imaginaire (le sous-marin dans les cintres, la grille coiffant le plateau), non proprement symbolique.
Là, c’est la suite logique du travail de JP Vincent avec les peintres, au Théâtre de l’Espérance (Aillhaud, Titina Maselli, Nicki Rieti, Lucio Fanti). On trouve la même rigueur dans le décor de Jean-Paul Chambas pour le Misanthrope (1977): les trois murs de la boîte scénique intègrent, côté cour, le souvenir du grand siècle (tableaux en panneaux de lambris, porte sculptée donnant sur les appartements), au lointain, un escalier montant vers nulle part dans une matière moderne (vitre de plastique); côté jardin, la présence d’un pilier gris du théâtre, daté de sa construction (récente) et de son utilisation (actuelle) signe et signale l’inscription ici et maintenant de cette représentation du Misanthrope, fondée, à l’opposé de Week-end à Yaick, sur la possibilité et la nécessité de jouer Molière tel quel dans une dramaturgie du réel du texte dramatique.
Où l’on revient au texte de théâtre, après n’avoir cessé d’en parler, en parlant, par exemple, de lieux de théâtre : tant ce qui va sans dire ‑que le texte de théâtre n’existe que dans l’événement de la représentation, avec pour partenaire aléatoire le public, va encore mieux en le disant.
Pas de fuite donc : par larges cercles, nous revenons aux mots écrits pour le théâtre-que ce pour signifie une finalité ou un constat. La parole est aux dramaturges maison, qui ont inscrit leur pratique d’auteurs dramatiques dans la continuité de leur travail de réflexion sur l’ensemble des productions du TNS et de l’école nationale d’art dramatique de Strasbomg .
… pour un espace public
A la question sur la fonction du dramaturge, Michel Deutsch répond en deux temps-avec un calicot « à bas les auteurs, vivent les poètes !»: sur la chance formidable qu’il y a à être au TNS un écrivain lié à la production théâtrale. « D’une certaine manière, nous sommes seuls à pouvoir, à notre modeste échelle, recommencer le travail de Stanislavsky avec Tchékov, de Molière avec une troupe : une écriture efficace, une écriture pour un espace public, qui ne peut être reconquis, comme espace de liberté, que par le théâtre ». Où la tâche du poète est la même que celle du théâtre-« pourquoi des poètes en ces temps de misère » — « A partir du moment où le poète travaille la langue ( au sens lacanien), il est déterminé par une autre logique, une logique incommensurable, il appuie sur le lien social dans ce qu’il a de plus névralgique. Dans un monde où le cinéma a imposé le mensonge comme plus réel que la réalité, avec l’hégémonie du spectacle dans tous les arts ‑la « noyade » dans le spectacle‑, c’est à long terme la mort de la démocratie. Seuls le théâtre et le poète, dans la mesure où ils sont susceptibles de maintenir quelque chose d’un espace public sont les gardiens d’une résistance démocratique. On est entré dans un âge d’acteurs sans art ». Où le politique est en prise directe sur le poétique. Dans un deuxième temps — qui revient plusieurs fois dans la pensée spirale de Deutsch, on parle de lyrisme, déja sensible dans Dimanche et plus encore dans La bonne vie : on ne dira rien de Vichy (qui sera joué en mars 1980), mais du passage par une sorte d’ode (à paraître : Convois, chez Stock, dans la collection dirigée par Lucien Attoun ; Indes, chez Seghers ; à lire : Le Chanteur, chez Bourgois, dans la collection Première Livraison) pour marquer la détermination lyrique dans le texte de théâtre.
« Le texte devient lyrique quand tu dis je, que le sujet se forme plutôt qu’il ne parle. Aujourd’hui, et depuis le romantisme, la formation du sujet est une détermination majeure en littérature. » Deutsch parle rapidement de son expérience de metteur en scène de l’Antigone de Sophocle traduite par Hôlderlin, traduite de Hôlderlin par Philippe Lacoue-Labarthe (travail avec l’école en 1977 ; représentations aux anciens arsenaux en Juin 1978 ; reprise en Juin 1979): il n’y a pas de coupure entre l’écriture et la métaphore de l’écriture dans la représentation- et l’on revient au texte de théâtre : question qui n’a guère de sens, Shakespeare, Dante, sont des poètes lyriques, épiques, dramatiques, « le grand problème de la littérature moderne, c’est l’impossiblité de produire des textes efficaces, des textes qui donnent à croire (la Bible, Homère, Dante), des systèmes de mémoire. Wagner : c’est peut-être le dernier essai romantique de la réactivation de ce texte efficace. Wagner plutôt que Nietzche ». En passant, Deutsch refuse énergiquement l’opéra-manie (voir Le chanteur). A partir de la disparition des textes « de croyance, de mémoire, de vie », l’art s’est diversifié (ce qui n’est pas la même chose que la hiérarchie hégelienne des arts): reste un lien déterminant, la tragédie. « La tragédie d’aujourd’hui, c’est qu’on ne meurt plus, on disparaÎt ; la mort est la grande absente, et au nom des idéologies de la vie, on ouvre des camps de concentration.» Où le poétique rejoint le politique.
Récupérer la parole des autres
Michèle Foucher, comédienne permanente au TNS, avec son spectacle La table mis en scène par Denise Péron ( 1977, reprise en 1978) a piraté sa fonction de dramaturge. La table, c’est une écriture de comédienne, visuelle, auditive. Les paroles dites (recueillies) sont passées par l’écrit, puis il a fallu les réentendre, « dans une première écoute, avec l’oreille, dans une deuxième écoute, avec les yeux », puis les dire. Il s’agissait de « réorienter la même phrase avec les mêmes mots, pour qu’ils soient entendus : les gens sont sourds.»
« La table, c’est la parole banale, hyperbanale, mais rendue continuellement en décalage ». Ce décalage, c’est la poétique primitive des paroles de femmes recueillies et dites par Michèle Foucher : « ce n’est pas ce qu’on privilégie quand on entend les gens : on n’écoute que leur discours social, politique, on rationalise. Je suis intéressée par le caractére primitif de la parole, de moins en moins riche, normalisée. Quand on s’écarte du monde « civilisé » (du côté de Schirmeck ou de Bobigny?) il est naturel de parler de bon jour, ce n’est pas un mot vide : j’aimerais donner à entendre que le langage est en voie de perdition, et qu’il y a quand même toute une richesse en couveuse-où l’on en arrive à un problème politique-. On constate l’aliénation de la femme dans la vie quotidienne, et en même temps, avec un travail comme La table, un immense potentiel d’énergie poétique interne ».
Cela dit, il n’y a pas à culpabiliser de récupérer la parole des autres : « un auteur puise dans la vie. Ici, c’est moi qui privilégie tel ou tel moment du texte, je me l’approprie le temps du spectacle, mais ce n’est pas moi, je distancie, je ne me fais jamais passer pour la personne qui parle (d’une table à l’autre, elle dit « je », « tu », « elle »). Je joue comme si c’était un texte étranger, modulé dans la bouche, pensé « étrangement » pour lui rendre son étrangeté»(ou, comme elle dit : réveiller une écoute qui sommeille dans le quotidien). Comment le spectacle a été construit ? « Sur l’audition. Mais surtout sur ce qui me semblait le plus révélateur de la non-parole. Où était la parole féminine ? quand les failles étaient les plus évidentes, entendables par toutes celles qui écoutaient.»
C’est là que Michèle Foucher ne se sent pas exactement auteur : « il te donne son monde, comment il est traversé, mais tu rencontres ou tu ne rencontres pas son propos, ce n’est pas sa préoccupation. Pour moi il faut qu’à un moment ou un autre chacun ne puisse plus biaiser. Dans La table, en une heure et demie, il y a toujours un moment qui te renvoie à toi, dans ce que tu as oublié, enfoui. Et c’est ce qui me fascine ». Il n’y a rien là d’une thérapie qui ne serait pas proprement théâtrale : quand ce qui est dit est au bord de la gêne, on passe au burlesque, le rire dans l’émotion, plus fort que le dramatique, plus transgressif, plus séduisant. « C’est une écriture du corps dans l’espace, avec le rythme propre du corps ( ce qui existait déja dans le jeu de Germinal) qui n’est pas celui du texte, qui a un propos différent ; ils se rencontrent « accidentellement » ou non, c’est une dimension particulière du théâtre.»
Michèle Foucher pense à un spectacle sur les paroles d’hommes : il y a dans l’expression au féminin une terre mouvante qu’elle n’est pas certaine de trouver dans l’expression au masculin. « Je pense qu’il y a une différence, et que quand on le sait, ça permet d’être plus libre, de savoir où on en est ». Parole de femme, parole de comédienne, est-ce que La table est une pièce ? C’est une écriture.
Se réapproprier un texte
Bernard Chartreux réfléchit à la question de la dramaturgie à partir de son propre itinéraire : devenu auteur par nécessité, faute de beaux textes dans le théâtre pour enfant (Le château dans les champs présenté réécrit à Théâtre Ouvert puis joué par le Théâtre de la Reprise), il ne conçoit pasla dramaturgie sans un certain type d’écriture : le texte sur lequel on travaille sera adapté- même s’il s’agit d’un texte théâtral français (André del Sarto, d’Alfred de Musset, joué au TNS en Mai 1979). « Faire une dramaturgie, c’est essayer de se réapproprier un texte, ce qui ne peut se faire qu’en le bricolant ».
Objection immédiate : et le Misanthrope ? « Le cas d’un texte classique, en alexandrins, est beaucoup plus difficile ; mais on a réussi à produire une dramaturgie inventive en « scénarisant » le spectacle ; à la différence de la dramaturgie brechtienne qui s’occupait de produire une fable. C’est un travail d’écriture modeste, qui n’a pas d’existence autonome — ces scenarii ne seront pas publiés — mais ça permettait à la mise en scène d’avancer ». Le temps d’une dramaturgie à l’allemande, de contrôle, est sans doute passé : les idées productives-productrices-auront été lancées avant le face-à-face metteur en scène-comédiens, sous forme de scénario. « C’est le point commun entre le Misanthrope et les spectacles d’Engel : c’est comme cela qu’on arrive à mobiliser les énergies.» Pas de solution de continuité entre l’auteur et le dramaturge, donc. « Pour tout ce que j’ai écrit depuis le Chateau dans les champs (un conte de fée « retroussé »), j’ai toujours été confronté à un texte préexistant : pour Ah Q, la nouvelle de Lou Sin, pour Robespierre, Rousseau et les romantiques allemands, pour Rousseau, Rousseau bien sûr. Avec Vichy, je ne suis plus confronté à un texte, mais à une mythologie, un sous-texte. Mon matériau, c’est ma pseudo-mémoire : je suis né en 1942. Jusqu’à présent je n’avais pas fait attention que j’étais né au milieu de ces quatre ans très particuliers, la veille du jour où Laval est revenu au pouvoir : c’était pour moi une date « privée ». J’ai devant cette période la même attitude que devant des photos de famille de la période sans souvenirs, une sorte de familiarité bizarre, de fausse reconnaissance. Mon travail d’écriture est passé, avant tout, par les photos : pour moi, elles sont l’essence-au sens philosophique et au sens de la parfumerie‑d’une époque ». Premier travail et première ambition, donc, produire avec les mots, avec les armes propres de l’écriture, un équivalent de l’impression ressentie en face de la photo.
L’abondance dans le texte
Deuxième ambition, après l’attendrissement, il faut rendre, justement par l’accumulation de ces pseudo-reviviscences ce que la période a d’insupportable, le cauchemar. En arriver jusqu’à la saturation « le spectacle sera long, il faut en arriver au « jusqu’à plus soif ». Si le Convoi de Michel Deutsch (une des deux soirées constituant le spectacle de Vichy) doit reposer sur le silence, Bernard Chartreux, lui, veut produire un effet de trop plein. Parce qu’il y a, quoi qu’on en dise, un compte global à régler avec la période. Il faut que ce soit thérapeutique : on nous l’a trop tenue cachée, et maintenant les media se ruent dessus, on nous en abreuve (Paris-Match, Amouroux … ) « il faut couper court à des complaisances qu’on comprend trop bien, politiquement ; alors, passons par là, et vidons le sac.» Bernard Chartreux ne donnera pas tout ce qu’il a à dire de Vichy dans sa contribution au spectacle : ce sera une sorte de roman — le mot poème lui semble difficile à manier publié en soi. Mais le texte dramatique ? Chartreux le conçoit avant tout comme texte, avec sa poésie, ses signes proprement littéraires (de petits poèmes inclus dans le spectacle). « J’ai déjà fait ce travail avec la seconde version de Robespierre, qui est devenu un monologue. Créer des situations pour y insérer un dialogue « plausible », ça me semble un peu « la marquise sortit à cinq heures ».
De moins en moins, le théâtre s’alimente de pièces : « je n’ai pas pensé au spectacle, j’ai pensé au texte ; le metteur en scène pourra en faire quelque chose ». Bernard Chartreux rêve quand même au traitement musical de son texte, sur scène, à des effets sonores de micros, de radios, de distorsion. Il rêve à la liberté d’écriture qu’on peut avoir à créer des scénario pour la télévision, pour le cinéma- liberté illusoire, quand il n’y a pas la clé des champs, le fric.
« Ce qui m’intéresse, c’est les histoires. Etre coincé sur un théâtre à l’italienne, ça ne permet pas aux histoires de se développer. Au TNS, on fera de nécessité vertu — façon intelligente et radicale de s’adapter aux contraintes. Après être passé par un jeu « minimal », on se donnera l’abondance dans le texte.» Et Chartreux est heureux aussi, de revenir, à travers Vichy, à la France-celle de la Légende dorée, de Claudel, de Péguy, la catholicité dans laquelle nous baignons et dont nous n’avons pas encore osé parler, fascinés par un détour nécessaire par Brecht et les romantiques allemands. Pas de conclusion : les processus d’écriture sont en cours au TNS, convergents et dialectiques, ce n’est pas fini — pourvu que le Théâtre National de Strasbourg ait les moyens d’être un théâtre national. Ce n’est pas du côté de l’équipe artistique du TNS qu’il manque quelque chose.
Spectacles du TNS depuis janvier 1975
Germinal
Projet sur un roman d’après Emile Zola
Texte : Michel Deutsch
Musique : Karel Trow
Création T.N.S.
Octobre 1975
Dimanche
de Michel Deutsch et
Dominique Muller
Mise en scène : Dominique Muller en collaboration avec Philippe Clévertot
Décor et costumes : Jean-Paul Chambas
Baal
de Bertolt Brecht
Mise en scène : André Engel avec la collaboration de Gérard Désarthe
Dramaturgie : Bernard Pautrat
Décors et costumes : Nicky Rieti (aux Haras de Strasbourg)
Mai 1976
Chatterton
d’Alfred de Vigny
Mise en scène : Jean Jourdheuil en collaboration avec Jean
Dautremay
Décors : René Allio
Novembre 1976
Le Misanthrope,
ou l’Atrabilaire amoureux de Molière
Dramaturgie : Bernard
Chartreux, Michel Deutsch, Dominique Muller
Costumes : Patrice Cauchetier
Décors : Jean-Paul Chambas
Réalisation : Jean-Pierre Vincent
Janvier 1977 et avril 1978
(nouvelle mise en scène)
Un week-end à Yaïck
d’après le« Pougatchev » de Serge Essénine
Texte français : Franz Hellens et Marie Milalovska
Mise en scène : André Engel
Dramaturgie : Bernard Pautrat
Décors et costumes : Nicky Rieti
Mai 1977 (dans un entrepôt)
Franziska
de Frank Wedekind
Traduction : Louis-Charles Sirjacq
Mise en scène : Agnès Laurent, Hélène Vincent
Décors et costumes : Françoise Darne
Chorégraphie : Yolande Marzolf
Musique : Lucien Rosengart
Octobre 1977
La table
Paroles de femmes …
de et par Michèle Foucher
Mise en scène : Denise Péron
Chorégraphie : Yolande Marzolf
Novembre 1977
Une livre à vue palais de la guérison
de Sean O’Casey
Texte français :
Jacqueline Barbé, Jean-Pierre Vincent
Musique : Yves Prin
Décors et costumes : Lucio Fanti, Nicky Rieti
Dramaturgie : Bernard Chartreux, Dominique Muller
Réalisation : Jean-Pierre Vincent
Mars 1978
Hôlderlin — L’ Antigone de Sophocle
Traduction : Philippe Lacoue-Labarthe
Réalisation : Michel Deutsch, Philippe Lacoue-Labarthe
Décors : Jean Haas
Costumes :Patrice Cauchetier
Musique : Georges Aperghis
Juin 1978 (dans l’ancien Arsenal) et juin 1979 (nouvelle mise en scène aux anciennes Forges de Strasbourg)
Kafka-Théâtre complet
Mise en scène : André Engel
Dramaturgie : Bernard Pautrat
Décors et costumes : Nicky Rieti
Mars 1979 (dans l’annexe de l’ancienne Mairie)
La mort d’Andrea del Sarto, peintre florentin
d’Alfred de Musset
Adaptation : Bernard Chartreux
Décors : Jean-Paul Cham bas
Costumes : Patrice Cauchetier
Mise en scène : Dominique Muller
Collaboration artistique : Sylvie Muller, Ginette Herry, Roland Recht
Mai 1979

