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Le 27 Avr 2011

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Couverture du numéro 108 - Philippe Sereuil - Les coulisses d'un doute
108
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Céline Raller et André Baeyens dans DES COUTEAUX DANS LES POULES de David Harrower, décor Vincent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Manège.Mons, Théâtre de l’ Ancre de Charleroi et La Servante, 2004. Photo Véronique Vercheval.
Céline Raller et André Baeyens dans DES COUTEAUX DANS LES POULES de David Har­row­er, décor Vin­cent Lemaire, lumières et mise en scène Philippe Sireuil, Manège.Mons, Théâtre de l’ Ancre de Charleroi et La Ser­vante, 2004. Pho­to Véronique Vercheval.

Les qua­tre pre­miers textes mis en scène par Philippe Sireuil au sor­tir de l’école sont les suiv­ants :
LE VIRAGE de Tankred Dorst présente Anton et Rudolpf, deux frères. Ils habitent au bord d’un virage dan­gereux. L’un s’occupe de répar­er les voitures, l’autre d’enterrer les morts. Un jour, une instance supérieure décide de sup­primer ce virage. Que faire ? Tuer le fonc­tion­naire ou chang­er de méti­er ?
HAUTE-AUTRICHE de Franz Xavier Kroetz met en scène un cou­ple mar­ié, Heinz et Anni. Ils mènent une vie banale, sans écarts, sans éclats, sans avenir. Heinz voit son exis­tence comme un échec. Toute lutte con­tre cet état des choses sem­ble n’aboutir à rien. Anni est moins résignée, elle a trou­vé un mode de vie par procu­ra­tion, elle s’en sort un peu mieux.
L’ENTRAÎNEMENT DU CHAMPION AVANT LA COURSE de Michel Deutsch fait voir deux femmes et un homme, l’amante, l’épouse et le mari. Lui est un pau­vre type qui ne songe qu’au vélo, il par­le en phras­es toutes faites à sa bouchère de femme qu’il fini­ra par vio­l­er après avoir assas­s­iné sa maîtresse.
LE TERRAIN VAGUE de Roland Hourez se cen­tre sur le monde du tra­vail ou plus exacte­ment sur le fan­tôme du chô­mage qui com­mence à hanter les entre­pris­es. La crise est là, elle plonge cinq per­son­nages du milieu ouvri­er dans la peur, les illu­sions, les rêves à quoi on s’accroche, les dés­espoirs, les petits bras de fer pour exis­ter.
De quoi témoignent ces pièces ? On peut avancer un pre­mier con­stat : Sireuil, vers 197 5, entre en théâtre par la porte d’un aujourd’hui rad­i­cal. Il choisit des auteurs de son temps, cer­tains étant à peine plus âgés que lui, des auteurs qui écrivent aujourd’hui un théâtre de l’aujourd’hui.
Un sec­ond con­stat découle du choix : ces auteurs inqui­ets du poli­tique et du fonc­tion­nement de la société n’écrivent pas dans le droit fil de Brecht. À cette époque, Brecht est au som­met de sa pop­u­lar­ité. L’espace fran­coph­o­ne l’a mis à toutes les sauces. À droite, il reste bien sûr des irré­ductibles qui acco­lent au théâtre du dra­maturge alle­mand les éti­quettes de pro­pa­gande, de théâtre préchi-precha. Poli­tique­ment ils ne sup­por­t­ent pas la visée mil­i­tante de Brecht et dra­maturgique­ment, ils ne digèrent pas la dis­tan­ci­a­tion. Brecht tuerait l’émotion, c’est la chan­son qu’on entend le plus sou­vent dans ce camp-là. À gauche, pour la Bel­gique en tous cas, c’est du Brecht émoussé que sert le Théâtre Nation­al d’alors. Le côté tran­chant de la lutte des class­es est gom­mé. Tout émoussé qu’il soit, ce Brecht-là con­naît des suc­cès auprès du pub­lic.
On peut avancer quelques hypothès­es sur cette non présence de Brecht dans le début du tra­jet de Sireuil : à cette époque-là, il con­naît peut-être mal les pièces de Brecht ; ou il pressent un cer­tain décalage entre le monde de Brecht et le monde de la décen­nie qua­tre-vingt qui s’annonce ; ou bien encore, il sait qu’il n’aura pas les moyens financiers pour mon­ter un texte de Brecht. Ce dernier écrit des pièces à large dis­tri­b­u­tion, elles appel­lent une scéno­gra­phie impor­tante et un jeune créa­teur incon­nu qui ne dis­pose que des trois francs que les pou­voirs publics lui accor­dent n’a pas les moyens de rivalis­er avec le Berlin­er Ensem­ble ou les grands théâtres.
Quoiqu’il en soit, Brecht n’entre pas tout de suite dans le champ de vision du met­teur en scène débu­tant, il fau­dra atten­dre 1983 pour que celui-ci décide de mon­ter DANS LA JUNGLE DES VILLES, un Brecht, certes, mais un Brecht de la jeunesse, un Brecht non encore marx­iste. Plus tard, sans les met­tre en scène, il gardera tou­jours un intérêt pour les deux autres pièces de jeunesse de Brecht, BAAL et TAMBOURS DANS LA NUIT. De toute évi­dence, il y a un Brecht de la matu­rité dont Sireuil se méfie. À ma con­nais­sance, des pièces comme MÈRE COURAGEL, A MÈRE,L A DÉCISION, L,A VIE DE GALILÉE ou LE CERCLE DE CRAIE CAUCASIEN n’ont jamais fait par­tie de ses choix pos­si­bles.

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Écrit par Jean-Marie Piemme
Jean-Marie Piemme écrit pour le théâtre depuis 1986. Ses deux dernières pièces L’INSTANT et UNE PLUME EST UNE...Plus d'info
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