Décor, peinture, espace public

Décor, peinture, espace public

Le 22 Fév 1980
Hamlet-Machine Mise en scène: Jean Jourdheuil Décor: Gilles Aillaud Photo Claude Lê-Anh
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Article publié pour le numéro
L'écriture au théâtre-Couverture du Numéro 3 d'Alternatives ThéâtralesL'écriture au théâtre-Couverture du Numéro 3 d'Alternatives Théâtrales
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Quelles raisons ai-je de tra­vailler avec des pein­tres tels que Gilles Ail­laud, Lucio Fan­ti, Titi­na Masel­li ?
Tout d’abord des raisons qui tien­nent à l’état actuel du théâtre en France, la rel­a­tive sclérose qui me sem­ble affecter le tra­vail de la plu­part des déco­ra­teurs, le fait qué leurs idées, telles qu’elles se présen­tent dans leurs pro­fes­sions de foi ou matéri­al­isées sur la scène, m’apparaissent con­v­enues, illus­tra­tives, rarement branchées sur les enjeux de la pro­duc­tion dra­ma­tique actuelle, exclu­sive­ment déco­ra­tives, comme si elles adop­taient par rap­ports ces enjeux une posi­tion de neu­tral­ité. Juste retour des choses, les déco­ra­teurs se présen­tent eux-mêmes comme corvéables à mer­ci et décli­nent la qual­ité d’interlocuteur du met­teur en scène, de l’auteur, de l’acteur, du texte.
A cette affir­ma­tion caté­gorique je ferai deux excep­tions : René Allio qui prit naguère une part déci­sive aux réus­sites de Roger Plan­chon, Richard Peduzzi parce que les objec­tifs du tra­vail scénique de Patrice Chéreau ne lui sont ni extérieurs, ni étrangers. Pour le reste, je ne vois pas que l’imagination actuelle des déco­ra­teurs excède le champ des mag­a­zines de mode ou des revues pho­tographiques.

Le théâtre est aujourd’hui, à l’époque des media, un art archaïque — à peine moins archaïque que l’opéra ou la pein­ture à l’huile. Le pra­ti­quer comme « théâtre de réper­toire », selon les recettes éprou­vées en matière de dra­maturgie, de scéno­gra­phie, de mise en scène, c’est se con­tenter de gér­er son ago­nie. Pra­ti­quer le théâtre aujourd’hui implique, à mes yeux, une révi­sion de ses moyens, un réa­juste­ment de ses enjeux, et tout d’abord de con­sid­ér­er que le théâtre, aujourd’hui par­ti­c­ulière­ment, ne va pas de soi, qu’il con­vient de le met­tre hors de lui-même, hors de son cadre institutionnel/esthétique qui le con­duit à atten­dre son salut du nou­veau Dieu des choses telles qu’elles sont, les media, afin qu’il rede­vi­enne por­teur d’une exi­gence de con­sti­tu­tion d’espace pub­lic.

Le théâtre me sem­ble être devenu, d’une part, du théâtre pour enfants, d’autre part, le sim­u­lacre du théâtre lui-même et rien d’autre, même pas l’évocation nos­tal­gique de ce que fut le théâtre (pour pou­voir l’évoquer nos­tal­gique­ment encore faudrait-il être capa­ble de souf­frir). Les con­di­tions dans lesquelles il se pra­tique peu­vent être com­parées à la vac­ci­na­tion : il est désor­mais impos­si­ble de faire l’expérience de la mal­adie.

La ques­tion est donc : Com­ment arracher le théâtre au sim­u­lacre de lui-même ? Com­ment dés­ap­pren­dre de faire sem­blant de faire du théâtre ? Com­ment être en mesure de (se) pos­er quelques ques­tions sim­ples : Qu’ai-je à dire et à qui ? Au fait, ai-je vrai­ment quelque chose à dire ? Quel dis­cours suis-je capa­ble d’articuler et à l’aide de quels opéra­teurs ? Ai-je quelque chose en tête ? Les machiner­ies éprou­vées du théâtre à l’italienne, du théâtre brechtien, de même la sous-machiner­ie du théâtre pour sémi­o­logues où la chaise devient une table en atten­dant qu’on la prenne pour une armoire, ne par­lent plus que d’elles-mêmes. Faut-il alors se con­tenter d’aller chercher au mag­a­sin des acces­soires de quoi fig­ur­er le bric à brac de notre imag­i­naire ? Cette démarche est sans doute astu­cieuse, d’autant que les seuls spec­ta­cles sus­cep­ti­bles d’apparaître comme réus­sis sont ceux qui par­lent de l’actuelle paralysie du théâtre en écho à la paralysie ambiante.

A mes yeux, seule l’acuité des textes (la provo­ca­tion des textes, dirait Hein­er Müller) et l’acuité de leur traite­ment est sus­cep­ti­ble de con­stituer la rela­tion scène/salle comme champ de ten­sion. Le prob­lème n’est pas de faire accroire au spec­ta­teur qu’il pense mais de le met­tre en présence de quelque chose à quoi il n’avait pas pen­sé et de con­duire la représen­ta­tion jusqu’au point où le spec­ta­teur soit en sit­u­a­tion de penser- libre à lui, en ce point, de man­i­fester un empêche­ment de com­pren­dre.
Que l’on me com­prenne bien, il ne s’agit pas (au plan de l’écriture et de la scéno­gra­phie) de faire une nième révo­lu­tion dans l’art pour qu’advienne enfin l’art (les formes artis­tiques) de notre temps, mais au con­traire de dire que toutes les formes se valent, que la ques­tion des formes artis­tiques est indif­férente, et de pra­ti­quer tout sim­ple­ment l’art comme valeur d’usage, en ce que la valeur d’usage est sus­cep­ti­ble d’être rebelle à l’utile, comme degré zéro du para­doxe, comme geste sig­nifi­ant « à présent », comme écri­t­ure con­struc­tive d’espace pub­lic et non comme ani­ma­tion cul­turelle dans un espace déjà nor­mal­isé.

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L'écriture au théâtre-Couverture du Numéro 3 d'Alternatives Théâtrales
#3
mars 2002

L’écriture au théâtre

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