
ANNE Teresa de Keersmaeker, Jan Fabre, Alain Platel : la danse flamande a conquis Avignon tout en secouant les habitudes des festivaliers. La première de MOZART CONCERT ARIAS fut abondamment chahutée tandis que le JE SUIS SANG de Fabre divisa les festivaliers. Quant à Alain Platel, s’il est aujourd’hui invité dans la Cour d’honneur-avec WOLF, sa première apparition au Festival suscita aussi de nombreuses polémiques.
Réactions contrastées donc pour une vague qui depuis plus de vingt ans maintenant attire tous les regards. Platel, Fabre et de Keersmaeker étant tous trois présents cette année à Avignon, on pourra pourtant constater une fois de plus à quel point leurs univers sont différents.
Anne Teresa de Keersmaeker est la seule vraie chorégraphe du lot, et cela se sent dans chacune de ses pièces. Exploration méticuleuse de la musique, travail en profondeur sur le vocabulaire chorégraphique, capacité à mettre en valeur chaque individualité tout autant qu’à créer de vastes mouvements de groupe … Rien n’est jamais laissé au hasard dans son travail qui se base tout entier sur la danse et les danseurs, même lorsqu’elle introduit le texte dans certaines de ses pièces.
Il en va tout autrement en ce qui concerne Jan Fabre et Alain Platel. Le premier est un artiste tout-terrain, aussi à l’aise dans les arts plastiques que sur une scène de théâtre. Fasciné par la rigueur et la technique des danseurs classiques, il fait régulièrement appel à ceux-ci dans ses spectacles, utilisant la danse comme un des multiples matériaux mis à sa disposition pour créer des spectacles inclassables. Platel, lui, s’est révélé un peu plus tard mais a connu un succès fulgurant dès BONJOUR MADAME… Mêlant professionnels et amateurs, adultes et enfants, danseurs et acteurs, il a brisé tous les codes habituels créant sur scène une fiction si parfaite que certains la prirent pour une simple mise en scène de la réalité.
Au fil du temps, les choses ont pourtant évolué et la danse s’est imposée de plus en plus dans le travail de chacun, non plus comme un simple matériau, mais comme le centre du propos. On a pu le constater avec l’étonnant LAC DES CYGNES de Fabre, respectant parfaitement les canons classiques et la chorégraphie d’origine tout en les intégrant dans un univers portant la griffe de l’Anversois. On le verra aussi dans WOLF où, pour la première fois, Alain Plate ! travaille avec des danseurs de haut niveau, tout en les intégrant dans un univers qui ne renie rien de ses expériences passées. Quant à Anne Teresa de Keersmaeker, sa danse est plus que jamais fluide, vibrante, aussi intelligente qu’émouvante.
Il y a vingt ans, le monde de la danse voyait les « contemporains » prendre d’assaut les citadelles du ballet classique. Aujourd’hui, la danse dans son ensemble, contemporaine ou classique, tourne un peu en rond, s’interroge beaucoup sur elle-même. Avec ces trois-là, elle continue pourtant à vivre et à explorer sans cesse de nouvelles voies.

