EN 1964, j’ai suivi l’important colloque organisé par Jean Vilar en Avignon sur la politique culturelle des villes ( … ) .
Avec Vilar, il y a eu à Avignon une rencontre entre un lieu et une esthétique sur fond de très forte dimension morale. Le Festival a connu alors son état de grâce. Moi, je ne peux agir en créateur mais en programmateur. J’entends programmer Avignon en toute subjectivité, sans jamais vouloir donner la photographie du théâtre français. Je pars des intuitions, des coups de foudre auxquels s’ajoutent parfois des hasards de la production ou des propositions avancées par certaines équipes.
Il n’y a qu’un garde-fou : le temps. Je ne crois pas qu’on puisse diriger un festival sur une longue durée.
( … ) Je vais programmer des gens avec le travail desquels j’ai noué des liens depuis plusieurs années. Quelqu’un comme Peter Brook, par exemple. Il y a aussi des gens auxquels j’avais pensé depuis longtemps en me disant « si un jour j’ai la possibilité, je vais leur demander de faire quelque chose » …
Toujours la subjectivité. Un festival ne marche pas s’il flirte diplomatiquement avec trop d’institutions. Plus il y a de paramètres, moins il y a de chances de réussir.
Je ne crois pas qu’un festival doit avoir pour point de départ un thème précis, un projet trop formulé. Si le festival est bon, le thème surgit à la fin, en faisant apparaître ce qu’il y a de sous-jacent dans le théâtre d’une période.
Je pense que le Festival doit être d’abord le lieu du théâtre d’expression française. Auquel peuvent s’ajouter deux ou trois événements internationaux. Je suis intéressé par les cultures non européennes, et comme le Festival offre des conditions favorables pour mieux les découvrir qu’à Paris — le climat des vacances, l’été — je voudrais qu’elles soient bien représentées. On doit savoir prendre en compte ce que les nuits de la Provence apportent au Festival.
J’ai envie de recentrer le Festival autour du théâtre … car il me semble que, pour tout un chacun, aller à Avignon c’est aller vers le théâtre.
Un seul mot peut tout résumer : la création au poste de commande …
Alain Crombecque.
Extrait d’un entretien accordé en 1985 et publié dans la revue Arc Press.

