Le théâtre engagé Un montage de textes et photos

Le théâtre engagé Un montage de textes et photos

Le 19 Oct 1981
Dead end Kid Photos: Carol Rosegg
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Dead end Kid Photos: Carol Rosegg
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USA 81-Couverture du Numéro 9 d'Alternatives ThéâtralesUSA 81-Couverture du Numéro 9 d'Alternatives Théâtrales
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Les pages qui suiv­ent pro­posent un mon­tage de textes et pho­tos de six oeu­vres de théâtre poli­tique réal­isées sur les scènes améri­caines en 1980 – 1981. Large­ment acces­si­bles et nova­tri­ces sur le plan dra­ma­tique, elles envis­agent directe­ment des ques­tions déci­sives au niveau nation­al, et par exten­sion, glob­al : l’impérialisme (L’an Un de l’Empire) et ses con­séquences (Still Life), le ter­ror­isme (Wie Alles Anfing/How lt Ali Began), le nucléarisme (Soft Tar­gets et Dead End Kids). Goya, dernière pièce du mon­tage, mon­tre les ombres de la guerre et de la répres­sion qui hantent le monde mod­erne.

Mais mal­gré l’urgence du con­tenu (ou à cause de celui-ci?), les publics ont été très ent­hou­si­astes, sig­nalant peut-être par là leur ouver­ture à un théâtre qui explore des préoc­cu­pa­tions partagées, d’où une nou­velle et franche com­mu­nauté entre auteur, acteur et pub­lic.

En out­re, ces oeu­vres théâ­trales révè­lent cer­taines cor­re­spon­dances dans leur manière d’explorer. Toutes doivent expressé­ment leur impul­sion dra­ma­tique à des sources his­toriques, par­fois pre­mières, et leur réal­isme essen­tiel se voit cor­roboré, à des degrés divers, par des rêves sur­réal­istes et les acces­soires de la cul­ture pop (surtout dans Soft Tar­gets et Dead End Kids), et chaque oeu­vre offre des inter­pré­ta­tions claires, exi­gentes même, des événe­ments his­toriques en réponse aux urgences du présent.

Chaque fois, s’ensuit une lutte mythique entre David et Goliath, qui prend la forme, car­ac­téris­tique pour notre époque, d’êtres humains se bat­tant con­tre la Machine. Représen­tée presqu’exclusivement comme cen­tre du pou­voir mas­culin, la Machine appa­raît diverse­ment comme homme-état, hom­mepa­tron, homme mil­i­taire, homme-de-la-com­pag­nie ou, en ter­mes plus généraux, éma­na­tion de l’Estab­lish­ment. L’apathie, l’aliénation et l’impuissance con­tagieuses, que trans­met la Machine à la société, oblig­ent les per­son­nages con­scients à agir du dehors, en tant qu’étrangers et séparés du corps poli­tique. Incar­n­er David sig­ni­fie donc presque tou­jours agir comme une sorte de hors-la-loi, qu’il s’agisse d’un citoyen anti-impéri­al­iste dans Year One of the Empire, d’un ancien marine, vétéran du Viêt-Nam dans Still Life, du mil­i­tant anti-nucléaire dans Soft Tar­gets, du ter­ror­iste de How lt Ali Began.

Parce que chaque oeu­vre est con­stru­ite, directe­ment ou non, autour des luttes de vie ou de mort de l’humanité, les métaphores théâ­trales et les représen­ta­tions d’extermination ten­dent fréquem­ment à se con­ver­tir en formes d’ironie com­pen­satoire. Même l’usage de dia­pos­i­tives, de films, d’enregistreurs et de ban­des sonores se mue en une osten­ta­tion con­sciem­ment ironique de con­vivi­al­ité tech­nologique, surtout lorsque, comme c’est le cas pour Soft Tar­gets et Goya, il se voit con­trasté avec de petits instru­ments de musique de fab­ri­ca­tion mai­son. On peut aller jusqu’à dire que l’ironie, qui va bien à la nos­tal­gie et au pes­simisme de notre fin de siè­cle, devient un moyen de se libér­er de l’impact d’admissions très douloureuses.

Enfin — et sans ironie — deux obser­va­tions : il sem­ble que les femmes soient aux avant-postes d’un mou­ve­ment act­if qui ramène les ques­tions urgentes de la société aux scènes améri­caines. Des six pièces poli­tiques, trois : Year One of the Empire, Still Life et Dead End Kids sont l’oeuvre de femmes, et toutes trois ont reçu des dis­tinc­tions impor­tantes. Eli­nor Fuchs et Joyce Antier ont reçu en 1980 le Los Ange­les Dra­ma-Logue Crit­ics’ Award, Emi­ly Mann a obtenu le Obie (Off-Broad­way) pour la « meilleure pro­duc­tion », et JoAnne Akaili­tis et Mabou Mines, une « men­tion spé­ciale » Obie.

En tant que fables doc­u­men­taires pour demain, ces six oeu­vres ren­dent au théâtre une dig­nité dans ses objec­tifs, car elles ser­vent à nous met­tre en con­tact avec nous:..mêmes comme per­son­nes et nous rap­pel­lent la dimen­sion de nos respon­s­abil­ités.

Year One of the Empire
Photo : Eric G. Emerson
Year One of the Empire
Pho­to : Eric G. Emer­son

Tri­om­phant, le Colonel Théodore Roo­sevelt revient de la guerre de Cuba.

Year One of the Empire (L’An Un de l’Empire)
par Eli­nor Fuchs et Joyce Antier
Mise en scène de Frank Con­don Odyssey The­ater Ensem­ble, Los Ange­les

Il s’agit d’un doc­u­men­taire dra­ma­tique très élaboré (3 actes, 72 vignettes) qui témoigne de la pre­mière guerre ter­restre entre­prise par les Etats-Unis en Asie : la guéril­la de Trois ans menée aux Philip­pines de 1899 à 1902, qui est aus­si sa pre­mière impul­sion à établir des colonies en-dehors des Etats-Unis con­ti­nen­taux. His­torique­ment, la guerre a engen­dré une crise morale et don­né lieu à un débat nation­al au Con­grès et à tra­vers le pays. Sur le plan poli­tique et mil­i­taire, elle a mis les Etats-Unis en posi­tion de puis­sance impéri­ale et mil­i­taire en Extrême-Ori­ent et déter­miné la tra­jec­toire de sa logique impéri­al­iste mon­di­ale. Le texte provient de sources d’archives qui sont les jour­naux de l’époque, les débats et enquêtes du Con­grès, les archives du Min­istère de la Guerre, des arti­cles de péri­odiques lit­téraires et poli­tiques, des cor­re­spon­dances et des mémoires. Ces matéri­aux sont traités en tant que « pel­licule » à couper, à mon­ter et à réor­don­ner à la lumière de l’histoire et du présent (dont le Viêt-Nam et d’autres répéti­tions). Les pro­pos sont plutôt cités qu’adaptés, les con­textes dra­ma­tiques nais­sant de la jux­ta­po­si­tion. La dis­tri­b­u­tion de 51 per­son­nages — dont· Ies Prési­dents McKin­ley et Théodore Roo­sevelt, des hommes de guerre et de gou­verne­ment et des citoyens ordi­naires — se répar­tit entre par­ti­sans et adver­saires de l’acquisition des Philip­pines et de la guerre qui devait en résul­ter.

Tom­lin­son Hall, Indi­anapo­lis

Le 16 sep­tem­bre 1898 Albert J. Bev­eridge ouvre la cam­pagne répub­li­caine dans l’Indiana, jeune avo­cat qui monte il donne le dis­cours du siè­cle, ses fortes paroles reçoivent un accueil déli­rant

Pro­fil élancé et fig­ure mon­tante de la poli­tique améri­caine, Bev­eridge a trente et quelques années, c’est un homme au charme et à la grâce naturels, doué d’une puis­sance ora­toire phénomé­nale.

Bev­eridge :
En 1789, le dra­peau de la République flot­tait sur qua­tre mil­lions d’âmes de treize états et leur ter­ri­toire sauvage qui s’étendait jusqu’au Mis­sis­sipi, au Cana­da et aux Florides. Les esprits tim­o­rés de l’époque dis­aient que point n’était besoin de ter­ri­toires nou­veaux, et pour l’heure, ils avaient rai­son.

Ceux qui niaient aux insti­tu­tions libres le pou­voir de s’étendre appuyaient cha­cun des argu­ments que nous enten­dons aujourd’hui et davan­tage ; mais le juge­ment du peu­ple approu­va l’ordre que leur sang don­nait, et la marche du dra­peau se pour­suiv­it !

Applaud­isse­ments

Et aujourd’hui : William McKin­ley lève le dra­peau sur toutes les îles qui parsè­ment les mers, points éloignés du com­merce, citadelles de la sécu­rité nationale, et ain­si se pour­suit la marche du dra­peau !

Avec, à l’arrière-plan, une dia d’enfants viêt-namiens, Mark explique /’extase d’avoir entre les mains le pouvoir de vie et de mort .
Avec, à l’arrière-plan, une dia d’enfants viêt-namiens, Mark explique l’extase d’avoir entre les mains le pou­voir de vie et de mort .

Applaud­isse­ments et cris d’en­t­hou­si­asme

Hawaï est nôtre. Puer­to Rico est nôtre. La ban­ière étoilée de la Gloire flot­tera sur les Philip­pines. Le peu­ple améri­cain acceptera-t-il, rejet­tera-til, le don des événe­ments ? Se lèvera-t-il, suiv­ant l’essor de son des­tin ? Ou le peu­ple améri­cain, pour la pre­mière fois, doutera-t-il de sa mis­sion, et arrêtera-Hl la marche con­stante des libres insti­tu­tions ?

Cris de  « Non, non ! »  

Mes amis, cette ques­tion va plus loin que toute ques­tion de poli­tique par­ti­sane. Plus loin même que toute ques­tion de pou­voir con­sti­tu­tion­nel. Elle est fon­da­men­tale. Elle est raciale. Dieu ne pré­pare pas les peu­ples de langue anglaise et les Teu­tons depuis mille ans pour qu’ils restent à s’admirer eux-mêmes, avec com­plai­sance et paresse. Non ! il a fait de nous les maîtres-organ­isa­teurs du monde pour établir un ordre là où règne le chaos. Il nous a don­né l’esprit de pro­grès pour ter­rass­er les forces de la réac­tion à tra­vers le monde. 11 nous a ren­du aptes à gou­vern­er, que nous puis­sions admin­istr­er les peu­ples sauvages et séniles. Sans une force pareille, le monde retourn­erait à la bar­barie. Et de toute notre race, c’est le peu­ple améri­cain qu’il a dis­tin­gué comme nation choisie pour men­er en fin de compte la régénéra­tion du monde. Aveu­gle est celui qui ne voit la main de Dieu en des événe­ments si vastes, si har­monieux, si bien­veil­lants. Main­tenant, au seuil de notre car­rière de pre­mière puis­sance mon­di­ale, l’avenir doré est devant nous. Le monde nous appelle. Le com­man­de­ment de Dieu est par­mi nous. Com­pa­tri­otes, Améri­cains, nous sommes le peu­ple élu de Dieu !

Applaud­isse­ments tumultueux. “Amer­i­ca the Beau­ti­ful” sourd en cas­cades de l’orgue.

Extrait de l’Acte 1, 25. Ce dis­cours, qui mon­tre /’impérialisme améri­cain en phase ascen­dante, mena Albert J. Bev­eridge au Sénat.

Still Life
Texte et mise en scène d’Emi­ly Mann

The Amer­i­can Place The­atre, New York City

Con­ven­tion­nelle­ment, une nature morte (still lite) est com­posée de vas­es, de fruits, de fleurs, par­fois de pois­sons ou volailles morts, sur une table. Celle d’Emily Mann est faite d’un Homme (Mark, ancien Marine et vétéran du Viêt­Nam), de sa Femme (Cheryl) et de sa Maîtresse (Nadine). Sur la table devant eux, il y a des cen­dri­ers, des ver­res et les pho­tos et dias que Mark a ramenées du Viêt-Nam ; der­rière, il y a un grand écran où des images de la guerre sont par­fois pro­jetées. Dans cette salle de con­férence (ou de tri­bunal?), la nature morte d’Emily Mann prend de mul­ti­ples réso­nances : silence, immo­bil­ité, durée, mort. Les trois sont assis, presque sans bouger ; sous leur immo­bil­ité, ils cachent des secrets à pro­pos de leur amour, de leur haine, de leurs crimes, de la guerre. Ils sont étouf­fés par les fan­tasmes nécrophiles qui men­a­cent de les con­sumer. Mark mon­tre des stills (dias) de la guerre, resti­tuées de manière essen­tiel le ment sub­rep­tice dans les vies de beau­coup qui, bru­tal­isés par l’expérience, mènent aujourd’hui de nou­velles batailles à la mai­son. A leur tour, les femmes avec qui ils habitent devi­en­nent des com­bat­tantes, et par­fois des vic­times, de la deux­ième phase de la guerre — sur le front domes­tique. Mais elles le sup­por­t­ent. Still Life est une oeu­vre de vie authen­tique, provenant de longues heures de con­ver­sa­tion enreg­istrée avec trois per­son­nes vivant dans un état du Mid­dle West. Sans sen­ti­men­tal­ité, et avec les rythmes syn­copés du lan­gage vrai, les acteurs offrent l’expérience éprou­vante de ces gens au pub­lic, directe­ment.

Mark :
Ma plus grande ques­tion toute ma vie, c’é­tait — com­ment j’a­gi­rais en com­bat.
Je saurais qui j’é­tais en tant qu’homme.
Je lisais Hem­ing­way.
Vous savez …
Ce qu’il y a, c’est qu’il ne faut pas en pass­er par là.
Je casserais ses deux jambes à mon fils avant de le laiss­er y aller.

Cheryl :
Je te dis ; si j’y pen­sais, je deviendrais folle. Alors, je n’y pense pas.

Mark : (à Cheryl)
Je sais que je t’ai fait des choses, Cheryl. Mais tu l’as sup­porté. Je regrette.
 Com­bi­en de fois est-ce que je dois te dire que je regrette ?
(au pub­lic)
J’ai, euh j’ai, euh, fait mal à ma femme.

Nadine :
Il est mer­veilleuse­ment doux. C’est fou d’être traité comme ça. Je n’en ai pas besoin. Sans, c’est très bien aus­si.

Cheryl :
Il met tout sur le compte de la guerre … mais je te dis ne le laisse pas …

Mark :
Ma femme a fail­li mourir bien des fois mais, euh ..

Nadine :
Peut-être qu’il me craint.

Cheryl :
Tu vois, je sens les choses, je ne sais pas si on peut, mais je le fais. C’est peut-être pour ça que je suis si opposée à son monde artis­tique, mais Mark a tou­jours des ennuis quand il se mêle de ça.

Nadine (riant):
Peut-être qu’il est comme ça avec sa mère.

Cheryl :
Un jour, je suis allée à la cave retir­er le linge de la machine (Dieu, faut absol­u­ment que je net­toie cette cave) et j’ai vu ce pot en verre …

Nadine :
Surtout quand c’est un gars qui a fait toutes ces saloperies …

Cheryl :
Il avait une image de moi, nue, là-dedans, découpée selon la sil­hou­ette et attachée à un piquet par une ficelle. Et il y avait tout ce verre cassé, et je con­nais Mark. Le verre cassé, c’est sym­bole de feu. (pen­sive) Qu’est-ce qu’il avait encore là-dedans ?

Nadine :
J’accepte tout ce qu’il a fait.

Cheryl :
Ouais, il y avait une lame de rasoir et de vieux négat­ifs de ces choses pleines de sang, je crois. Je veux dire, c’était si vio­lent, ce pot, pour moi, ça m’a fait peur. Pour moi ça voulait dire, Mark veut me tuer. Lit­térale­ment me tuer pour ce que j’ai fait. Il me brûle comme Jeanne d’Arc. Ça m’a souf­flé le cerveau.

Nadine :
Ces pots qu’il fait, c’est génial, plein d’humour ; il préserve la guerre. Ça m’étonne qu’on le trou­ve vio­lent. Je con­nais toutes ses his­toires. Il dit qu’il est une bombe à retarde­ment. Mais toi aus­si, tu l’es, non ?

Mark :
Je ne sais pas ce que ce serait pour des femmes. Ce que c’est, la guerre, pour des hommes.
J’y ai réfléchi. Beau­coup. J’ai vu des femmes bru­tal­isées dans la guerre. Je regarde ce que j’ai fait à ma femme.

Cheryl :
Il passe son temps à me dire : « Je suis un assas­sin»· Faut que je croie qu’il peut être un mari. 

Mark :
En fait.. c’est dif­férent de ce qu’on a dit de la guerre avant. 

Nadine :
Il est sim­ple­ment en colère plus qu’aucun de nous. Ça fait des années qu’il se bat. Con­tre les prêtres, con­tre eux tous. 

Mark :
Je ne veux pas que ceci passe comme his­toire de com­bat. 

Cheryl :
Mais il est arrivé beau­coup de choses avec lesquelles je ne pour­rais pas me débrouiller. 

Mark :
C’est une tragédie. Voilà ce que c’est. C’est arrivé à beau­coup de gens. 

Cheryl :
Mais pas — tu sais — rien de dan­gereux ou comme ça ; sim­ple­ment des choses dingues. 

Nadine :
Je crois que tous mes amis sont en colère. 

Cheryl :
Mais … je ne sais pas. C’est vrai­ment dur pour moi d’en revenir à ces années-là. 

Nadine :
Mark vient de le démon­tr­er en ramas­sant des armes, en menant un groupe d’hommes. 

Cheryl :
… vrai­ment dur pour moi d’en revenir à ces années-là.

Mark :
Mon frère … Il est plein de doutes main­tenant. Il pense : « Eh bien, je me demande ce que je ferais si j’étais au com­bat»· Et il n’y a pas de rai­son de pass­er par cette merde, c’est dégueu­lasse. Ça bouffe les gens, c’est tout.

Nadine :
Men­er tout un groupe au sexe, au van­dal­isme, au vol. Ça arrive dans notre société.

Mark :
Va dans une réu­nion de vétérans. Ils ne par­lent que de ça, com­ment ils ont pris leur pied dans la guerre. 

Nadine :
Je ne con­nais per­son­ne qui pense autant à ses par­ents ; il essaye de les sauver. Il leur a envoyé cet os d’un homme qu’il a tué, du Viêt­Nam. Habile, pour qu’ils écoutent, à pro­pos de la guerre. 

Mark :
Je peux pas leur causer, à ces mecs. Y a pas de com­mu­ni­ca­tion. Mais … on sait. On regarde et on sait. Nadine : Tu vois, il teste tout le monde tout le temps. Très sub­tile­ment. Il ne peut pas croire que je ne suis pas choquée. Je crois que ça le rend per­plexe. 

Cheryl :
Oh, je ne sais pas. Je veux que ce soit refoulé le plus vite pos­si­ble. Nadine : Un jour, il m’a ri au nez. Il venait de me racon­ter un paquet d’histoires. Il a dit : « les gens qui com­pren­nent toutes ces saloperies doivent avoir été assez salauds eux-mêmes»· C’est une manière assez sim­pliste de dire : on en est tous capa­bles. 

Mark :
Je me suis dit : si je te dis­ais cela à toi … Je ne pou­vais pas m’en laver les mains, du remords, parce que j’ai fait des choses là-bas. On en a tous fait. 

Cheryl :
Je ferais tout pour aider à le refouIer. 

Mark : (calme­ment, au pub­lic)
On en a tous fait. 

(Acte I, 3)

Wie Alles Anfang

How lt All Began

Adap­té de l’autobiographie de Michael « Bom­mi » Bau­mann pro­duit par le Dodger The­ater
écrit et assem­blé sous la direc­tion de Des McAnuff et John Palmer (edi­tor) avec 13 mem­bres du Group X, etu­di­ants en art dra­ma­tique au Juil­lard School
Mise en scène de Des McAnuff The Pub­lic The­ater, New York

L’oeuvre est une étude/collage de l’attrait pour le ter­ror­isme et de son rejet, en fin de compte, par l’ancien ter­ror­iste ouest-alle­mand Bau­mann basée sur une documentati~n mul­ti-media (textes, dia­pos­i­tives, inter­views, musique rock des Stones, des Bea­t­les, des Kinks, des Who, du Vel­vet Under­ground), enrichie sur le plan du texte de scènes provenant d’improvisations. La _réévaluation (mi-cynique, mi-roman­tique) par­court chronologique­ment l’idéalisme de la con­tre-cul­ture des années soix­ante, et son mou­ve­ment peu à peu descen­dant de pes­simisme poli­tique des années soix­ante-dix qui cul­mine avec le ter­ror­isme urbain et les réac­tions bru­tales de la police et des gou­verne­ments. Les acteurs du groupe font altern­er présen­ta­tion des faits à la troisième per­son­ne et incar­na­tions de per­son­nages his­toriques asso­ciés aux mou­ve­ments par­al­lèles du Hash Rebel­lion et des groupes Baad­er-Mein­hof. A la fin, « Bom­mi «, à présent incar­céré à la prison de Moabit en Alle­magne, et qui a offi­cielle­ment aban­don­né les options ter­ror­istes pour les moyens plus doux de l’amour et de la per­sua­sion, accuse néan­moins pleine­ment le Sys­tème (et en par­ti­c­uli­er la presse Springer) de sécréter la vio­lence et d’être enne­mi de toutes valeurs affir­ma­tri­ces de vie.

Le dernier mono­logue de Bom­mi

Aujourd’hui, je peux voir que pour moi, il ne s’agissait que de la peur de l’amour, d’où l’on fuit dans la vio­lence absolue. Si aupar­a­vant, j’avais recon­nu pour moi-même la dimen­sion de l’amour, je ne l’aurais pas fait. Le seul moment où j’étais sur le chemin de la recon­naître, c’est durant ma rela­tion avec Hel­la. Mais alors, je suis retourné dans ce tripot… C’est ça, ça casse. Pour moi, tout au long, il s’agissait de créer des valeurs humaines qui n’existent pas dans le cap­i­tal­isme. La révo­lu­tion ne doit pas néces­saire­ment être une chose armée, avec des bombes — qui à la fin ne crée que les mêmes fig­ures rigides de haine …

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USA 81-Couverture du Numéro 9 d'Alternatives Théâtrales
#9
mai 2025

USA 81 / Les Américains par eux-mêmes

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Par Philippe van Kessel, Danielle Stern, Marie-Henriette Junius, Bernard Debroux et David Butler
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